Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/101

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faire aux Chinois est d’avoir prévenu les Anglais de quelques jours. La moralité de l’armistice pouvait d’ailleurs être de part et d’autre révoquée en doute ; et, certes, si le blâme des opérations qui le suivirent devait retomber sur l’une des deux parties belligérantes, on aurait peine à le faire peser tout entier sur le pays envahi.

La reprise des hostilités contraria singulièrement le commerce anglais, qui n’y était pas encore préparé. La plupart des navires qui avaient déjà séjourné si long temps dans la rivière de Canton étaient encore sans chargement ; les opérations précipitées qu’on avait faites sous l’impression d’un danger prochain avaient été loin d’être avantageuses pour les marchands anglais ; cependant on sentait qu’une vente défavorable était encore préférable à la complète stagnation des affaires ; on comptait principalement sur les bénéfices de la cargaison de retour, car le prix du thé avait plus que doublé en Angleterre. D’un autre côté les plénipotentiaires n’avaient pas encore complètement atteint leur but : les rentrées du trésor ne leur semblaient pas assurées ; d’ailleurs, il était passé dans leur politique de laisser la rivière de Canton ouverte au commerce tandis qu’ils iraient porter la guerre sur la côte nord de la Chine. Ils espéraient ainsi concilier les deux intérêts dont j’ai parlé à la fin de ma dernière lettre, celui de l’avenir et celui du présent ; ils avaient compté sur l’avidité bien connue des Chinois, mais ils n’avaient pas assez réfléchi que, dans une question aussi grave que celle de l’existence nationale, l’intérêt commercial, c’est-à-dire celui de quelques marchands, serait indubitablement sacrifié à l’intérêt général. En un mot, les plénipotentiaires anglais avaient fait tous leurs calculs d’un point de vue favorable à leur cause, ils ne s’étaient pas assez attachés à peser les raisons contraires qui devaient agir sur la détermination des autorités chinoises. La presse de Macao jeta les hauts cris. « Quoi ! , disait-elle, l’armée anglaise n’avait qu’un pas à faire, et elle était maîtresse de Canton ; le plénipotentiaire pouvait de là dicter des lois à l’empereur de la Chine, et M. Elliot se contente de six millions de dollars ! C’est là tout l’avantage qu’il sait tirer d’une situation achetée au prix de si grands sacrifices, au prix d’un sang précieux versé pour une conquête abandonnée aussitôt que faite ! Aucun avantage commercial n’est stipulé pour la nation victorieuse ; au contraire, l’escadre anglaise se retire de la rivière de Canton et laisse sans protection les intérêts britanniques. »

Peut-être avait-on raison de désapprouver la conduite du plénipotentiaire, mais on ne blâmait pas, à mon avis, ce qui méritait le plus d’être blâmé ; car toutes les fautes qui signalaient chacune de ses transactions avaient leur origine dans le principe vicieux de la guerre, dans la mauvaise position que l’Angleterre s’était faite dès l’abord. Les agens anglais n’avaient marché jusque-là qu’à tâtons, et ils étaient destinés à errer ainsi long-temps encore d’essais en essais. On leur avait amèrement reproché de s’être laissé follement chasser du voisinage dé Pékin, résolution qu’ils n’avaient cependant prise qu’après de mûres réflexions. Plus tard, et à mesure que les négociations qui avaient eu lieu au commencement de l’année semblaient se rapprocher d’un