Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/112

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Le 10 juin, les journaux, de Canton publièrent l’avis donné par le plénipotentiaire anglais aux sujets de sa majesté, qu’il considérait l’entrée des navires de commerce anglais dans la rivière comme imprudente et dangereuse dans les circonstances présentes, il recommandait aux capitaines d’aller jeter l’ancre à Hong-kong ; il déclarait en outre que, si les autorités chinoises tentaient de mettre obstacle à la liberté commerciale d’Hong-kong, il les en punirait par le blocus rigoureux du port de Canton.

Nous voici encore revenus forcément aux mesures que nous avons déjà si souvent blâmées. M. Elliot reparle encore du blocus du port de Canton après avoir fait tant d’efforts et de sacrifices pour obtenir qu’il restât ouvert au commerce de son pays ; n’est-ce pas là une contradiction des plus étranges ? Un pareil langage n’a pas besoin de commentaire. Je ne dirai rien non plus de ses tentatives réitérées pour appeler à Hong-kong un commerce qui ne voulait pas y aller. Il était évident que les mesures de M. Elliot placeraient comme toujours le commerce anglais dans une funeste alternative. En effet, ou le port de Canton devait rester ouvert, et alors, malgré l’injonction du plénipotentiaire, malgré le rigoureux avertissement donné par le danger passé, les navires anglais seraient allés indubitablement y chercher des cargaisons que Hong-kong ne pouvait leur offrir, et que les navires neutres, comme cela était déjà arrivé auparavant, se seraient chargés, dans tous les cas, de leur apporter ; ou bien un quatrième blocus aurait fermé Canton au commerce étranger, et tous les maux que ce commerce avait soufferts auraient recommencé pour produire les mêmes effets, c’est-à-dire la révocation des mesures qui les causaient. C’était là un cercle vicieux dont on ne pouvait sortir. Aussi, peu à peu ; les proclamations et les édits cessèrent, les choses reprirent leur cours habituel, quoique la défiance et l’aversion fussent visibles des deux côtés, jusqu’au jour où d’autres événemens vinrent rompre encore une fois la monotonie de la situation et réveiller de nouvelles espérances.

Vers le milieu du mois de juin mourut le commodore sir Le Fleming Senhouse, qui, en l’absence du commodore Bremer, avait pris le commandement des forces navales de l’expédition. Sir Le Fleming mourut par suite des violentes fatigues qu’il avait éprouvées lors de l’attaque de Canton. Cet officier fut vivement regretté par toute la communauté anglaise. Quelques jours après sa mort, sir Gordon Bremer arriva à Macao, de retour de Calcutta, où il était allé solliciter du gouverneur général de l’Inde de nouveaux renforts. Sir Gordon Bremer venait d’être adjoint à M. Elliot en qualité de Plénipotentiaire.

La fin du mois de juillet fut signalée par deux épouvantables typhons qui ravagèrent toute la côte de Chine ; l’escadre anglaise, alors à l’ancre devant Macao et à Hong-kong, souffrit beaucoup ; plusieurs navires furent perdus, et les deux plénipotentiaires, MM. Elliot et Bremer, faillirent, après avoir vu le navire qui les portait se briser contre les rochers, être conduits en triomphe à Pékin. Jetés sur une des îles qu’on rencontre si fréquemment dans les eaux intérieures de la rivière de Canturn, ils furent bientôt environnés de Chinois qui les dépouillèrent de tous leurs vêtemens et les renfermèrent dans une