Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/143

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la politique est là aujourd’hui, quoi qu’on en dise. Il y a en France quelques hommes très haut placés qui comprennent parfaitement ce que j e viens de dire, malheureusement le nombre en est très limité.

Indépendamment de l’influence générale que l’affranchissement commercial de la Chine exercerait sur le commerce de la France en particulier, il est surtout un point de contact entre l’industrie chinoise et la nôtre qui me fait redouter le moment où elles entreront en concurrence ; je veux parler de nos soieries. Les personnes qui s’occupent de commerce extérieur savent que les soieries chinoises le disputent et souvent avantageusement aux nôtres sous le rapport de la qualité et surtout sous celui des prix. Les Chinois ont la matière première à 60 pour 100 meilleur marché que nous, et leur main-d’œuvre coûte environ un sixième de ce qu’elle vaut chez nous ; déjà l’Amérique espagnole consomme pour environ six millions de soieries qu’elle reçoit de la Chine ; aux États-Unis, nous avons été obligés de signer un traité qui sacrifie notre navigation pour conserver la protection que nos soieries reçoivent des tarifs américains contre la concurrence chinoise. Ces faits seuls prouvent combien cette concurrence est déjà redoutable pour nous. Que sera-ce donc lorsque les fabricans chinois pourront étudier eux-mêmes les besoins des populations ! On a souvent répété que les Chinois ne possédaient que le talent de l’imitation, et qu’ils ne savaient pas créer ; on ne réfléchissait pas qu’on émettait là une opinion beaucoup trop absolue. Il est certain que les fabricans chinois ne se sont montrés à nous jusqu’ici que comme d’habiles imitateurs ; mais il ne pouvait guère en être autrement : ils ne connaissent ni nos goûts, ni nos usages ; nous leur portons des échantillons, et nous leur demandons de les prendre pour modèles dans leur fabrication. Ils ne peuvent qu’exécuter nos ordres ; ils ne savent même pas la plupart du temps à quel usage les objets que nous leur demandons sont destinés. N’en serait-il pas à peu près de même, si on apportait à nos fabricans des échantillons d’étoffes destinées à l’habilleraient ou à l’ameublement des mandarins chinois ? Il est encore une autre branche d’industrie pour laquelle les Chinois rivalisent au moins avec nous, je veux parler de la tabletterie ; leurs laques, leurs articles d’ivoire et d’écaille, sont bien supérieurs à tout ce que nous faisons.

Il n’en est pas de même pour l’Angleterre. Son industrie n’a pas de point de contact avec l’industrie chinoise. Elle n’a donc rien à en redouter pour le moment ; mais, si elle réussit dans la grande entreprise à laquelle elle a déjà fait tant de sacrifices, un jour viendra bientôt où le commerce de la Chine ne cherchera plus d’intermédiaire, et où son industrie, profitant de l’expérience même de ses rivaux, saura se suffire à elle-même. La Chine fera plus encore, elle ne se contentera pas de travailler pour ses propres besoins, elle s’occupera aussi des besoins des autres nations, et, si on peut juger à l’avance du degré d’activité qu’elle déploiera dans la création de ses relations commerciales par celle que nous avons pu observer chez les Chinois qui, malgré la rigueur des lois de leur pays, vont chercher fortune à l’étranger, on est