Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/146

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tions et ces crises, inévitables d’ailleurs après une aussi brusque péripétie, s’apaisent ; la société reprend peu à peu l’empire d’elle-même et travaille à tout raffermir ; à l’entraînement révolutionnaire succède l’esprit conservateur. Telle est l’histoire des douze années qui nous séparent de 1830 ; histoire qui reproduit en quelque sorte dans un cadre étroit et sous des formes bien adoucies les phases diverses et les passions successives de notre première révolution. Cette répétition, qui a aujourd’hui le caractère historique d’un fait accompli, d’un fait nécessaire, est la meilleure preuve qu’enfin, après cinquante ans, la France a épuisé son cycle révolutionnaire. Il n’y a plus d’avenir digne d’elle que dans le respect et le maintien de ce qu’elle a voulu et de ce qu’elle a fondé.

Si la grande majorité du pays en est convaincue, comme nous le croyons, les élections générales lui offrent l’occasion de prouver l’esprit dont elle est animée. Les élections de 1842 doivent apporter à l’existence et à la légitimité de notre gouvernement une consécration éclatante et suprême, en envoyant à la chambre une majorité gouvernementale, puissante par ses contions comme par le nombre.

Ce résultat est vraiment désirable, car, en mettant le dernier sceau à la volonté du pays, il persuadera enfin l’Europe de notre ferme intention d’arriver à la stabilité. Quand l’Europe nous juge, elle est encore sous les impressions que lui ont laissées les cinq premières années qui ont suivi 1830, et-en cela elle a tort. Elle ne tient pas compte de tous les changemens qui se sont opérés, et certains souvenirs lui dérobent un peu l’intelligence du présent. Les élections qui se préparent peuvent d’un coup lui démontrer ce qu’elle ne voit encore qu’à demi. Nous insistons sur ce point, il est capital. Comparons la France aux quatre puissances qui se partagent avec elle la prépondérance européenne ; nous ne la trouvons inférieure à aucune d’elles, pour ne pas dire plus : personne ne prétendra que ses finances soient moins prospères, ses armées moins redoutables, sa civilisation moins féconde que celle d’aucun peuple. Sur quoi tombe la critiqué ? A quel endroit dénonce-t-on la faiblesse de la France ? On dit qu’elle a l’esprit léger, la volonté inconstante, et que cette mobilité annule sa force. Aussi s’autorise-t-on de cette inconsistance qu’on lui prête pour rabattre quelque chose de la considération à laquelle elle a droit, tout en continuant de s’en défier et de la craindre.

Le jour où, dans les chancelleries européennes, la stabilité de notre gouvernement ne fera plus question, la France pèsera d’un bien autre poids dans les conseils des grandes puissances. On dit que