Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/165

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Quand on ne sait pas ou qu’on ne juge pas à propos d’énoncer les grosses et bonnes raisons, mieux vaut ne pas toucher aux questions monarchiques.

MHais baissons les premiers le rideau sur le drame électoral ; il ressemble trop à ces pièces dont on peut, dès le premier acte, prévoir le dénouement. Les conservateurs arriveront en majorité à la chambre ; les opinions extrêmes, hostiles à l’établissement de juillet, se trouveront probablement affaiblies, mais l’opposition constitutionnelle pourra, et par le nombre et par le talent de ses membres, exercer un contrôle actif et sévère sur la marche de l’administration. C’est un état de choses régulier. Nous le répétons : un affaiblissement excessif de l’opposition constitutionnelle serait un malheur.

La tâche du ministère paraît facile ou difficile, selon le point de vue où l’on se place pour l’envisager.

D’un côté, il n’y a plus de lutte sérieuse contre la monarchie de juillet et les institutions qui l’entourent et la consolident. Les conservateurs sont au pouvoir, et rien n’annonce qu’ils puissent de long-temps en être dépossédés. Le cabinet, tout composé de conservateurs, est en réalité l’expression de la situation, et dût-il s’élever quelques questions à son endroit, elles seraient des questions de personnes, nullement de système. Si les élections répondent à l’attente du gouvernement, rien de plus simple que notre situation politique ; la majorité et le cabinet n’auront qu’un seul et même drapeau, ils seront les représentans de la même pensée.

D’un autre côté, cette situation sera toute nouvelle. Pour la première fois, depuis 1830, un ministère verra se réunir une chambre nouvelle sans être obligé de se demander avec inquiétude quel est le système politique qu’il sera possible d’en faire sortir. Pour la première fois il se trouve en présence du parlement avec toutes les bases de nos institutions raffermies, avec une opinion publique calme, sérieuse et patiente, sans avoir à craindre l’anarchie dans les rues, la démagogie dans la chambre. Il est heureux de pouvoir gouverner le vaisseau de l’état et déployer les voiles, lorsque les tempêtes se sont apaisées et que la mer est rentrée dans ses limites naturelles.

C’est là à coup sûr une bonne fortune ; mais à l’instant même le pays et les chambres lui demanderont : Quels sont vos projets ? où nous proposez-vous d’aller ? dans quel but ? avec quelles espérances ?

Les cabinets qui gouvernaient pendant la tempête pouvaient louvoyer. Le pays leur savait quelque gré de leur prudence courageuse et de leur hardiesse contenue. Éviter un naufrage, c’était alors le but principal. On songeait à la défense plus qu’à l’action ; gouverner, c’était ne pas périr. Le gouvernement était d’autant plus difficile que les hommes se trouvaient eux-mêmes enveloppés, pour ainsi dire, dans les questions du jour, et qu’ils travaillaient incessamment à défendre avec la chose publique leurs personnes et leur situation politique. Aujourd’hui, par cela même que l’orage a cessé de gronder, que les fondemens de notre système sont consolidés, qu’il n’y a plus de raison de craindre des débats révolutionnaires au sein du parlemente des batailles