Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/166

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dans les rues, la situation des gouvernans s’est améliorée et simplifiée comme celles affaires publiques. Le jeu des ressorts politiques est régulier ; le cabinet est moins exposé que tous ceux qui l’ont précédé à de brusques changemens de scène, à des péripéties inattendues, à des événemens imprévus. La majorité, surtout si elle n’est pas trop nombreuse, trop forte, trop sûre d’elle-même, acceptera sans répugnance la direction de ses chefs éprouvés : elle se pliera à la discipline parlementaire autant que nos mœurs, notre caractère et nos habitudes le permettront ; mais sa docilité ne sera cependant que conditionnelle. Elle ne voudra pas rester dans l’inaction et piétiner sur place, sans autre résultat que l’existence politique des ministres et la gloriole d’un parti. La majorité demandera un gouvernement sérieux, une administration efficace, une vie régulière sans doute, mais réelle, active, animée. Tout ministère qui ne remplirait pas ces vœux ne tarderait pas à être frappé au cœur. Il aurait méconnu les conditions de notre temps.

Maintenant ces vœux sont-ils faciles à remplir ? Ce serait une étrange illusion que de le croire. On ne sort pas de l’état révolutionnaire prédisposés à l’ordre, à la règle, au respect de la loi, des formes, de la hiérarchie, aux entreprises modestes, aux travaux de longue haleine. Nous avons tous de l’impatience, du décousu, du scepticisme et de la témérité dans l’esprit ; l’obéissance nous déplaît, le commandement nous effraie, les voies régulières nous fatiguent, le travail nous dégoûte, nous sommes tour à tour hardis et pusillanimes, imprudens et méticuleux. Que de légèreté dans les actes les plus graves de la part d’hommes sérieux ! Il nous serait trop facile d’en citer maints exemples. Hélas ! ce serait à coup sûr sans esprit de satire, car qui serait assez effronté pour jeter la première pierre ? La vieillesse s’effraie de toutes choses sous l’influence tyrannique de ses terribles souvenirs. La jeunesse est plus que jamais confiante en elle-même et orgueilleuse jusqu’au ridicule. Le lien qui doit unir les deux générations dans l’intérêt de l’une et de l’autre, ce lien qui communique à l’un de la vigueur, à l’autre de l’expérience, s’il n’est pas brisé, est très relâché. Cet état des esprits (et la peinture que nous venons d’ébaucher est loin d’être complète) ne laisse pas que d’être pour le gouvernement un obstacle et un péril. Il serait injuste d’exiger qu’il surmonte toutes ces difficultés du premier coup ; mais on a le droit de lui demander de mettre la main à l’œuvre sans plus de retard. C’est par une action constante, et qui peu à peu deviendra régulière, que l’état des esprits s’amendera, que les uns retrouveront plus de courage et les autres plus de modération. Mais lorsque nous parlons d’action, nous ne songeons pas seulement aux intérêts matériels de la société, nous songeons avant tout à ses intérêts moraux. Nous ne sommes pas de ceux qui voudraient traiter les hommes comme des pièces de calicot et des barres de fer. Tout en reconnaissant que la prospérité matérielle seconde indirectement le développement des intérêts moraux, nous n’en sommes pas moins convaincus que ces intérêts doivent avoir leur part d’influence directe, et que tout gouvernement, qui pa-