Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/167

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raîtrait les oublier dans ses projets finirait par blesser profondément le sentiment national.

Les nouvelles de l’Algérie deviennent de plus en plus rassurantes pour le succès de nos armes et la consolidation de notre conquête. Un grand nombre de tribus acceptent la souveraineté de la France ; c’est encore un résultat que nous devons à l’infatigable activité et à la brillante bravoure de nos soldats. Le combat livré par le commandant Bisson mérite d’être ajouté aux plus belles pages de notre histoire militaire. Il n’est pas moins vrai que nous nous trouvons lancés dans un système qui nous imposera pendant long-temps encore de grands sacrifices, et qui, malgré toutes les protestations et tous les sermens des Arabes, s’écroulerait demain, si nous ralentissions nos efforts, si nous manquions un instant de suite, de persévérance, d’énergie. Nous concevons que des hommes politiques de toutes les opinions, prévoyant les conséquences que la conquête : devait avoir et pour nos finances et pour la distribution de nos forces militaires, aient pu s’en effrayer et regretter cet emploi, si long-temps stérile, de la puissance française ; mais, au point où nous en sommes, ces craintes et ces regrets ne sont plus de saison. L’Algérie est une conquête que nous ne pouvons pas abandonner. Dès-lors toute demi-mesure serait une faute. Pourquoi flotter entre deux systèmes, dont l’un est impossible, tandis que l’autre est désormais nécessaire ? L’Afrique est notre principal lot en fait de colonies. Le sort aurait pu nous traiter beaucoup mieux. Tel qu’il est ce lot, nous devons franchement l’accepter, et ne rien négliger pour en tirer un bon parti. La puissance d’Abd-el-Kader paraît à son déclin ; Maroc redoute notre puissance ; les indigènes se soumettent, nos auxiliaires se multiplient ; bientôt il sera possible d’établir quelques relations commerciales entre l’Afrique française et la France. Ce sont là des faits heureux, des faits qu’une colonisation régulière et intelligente pourrait étendre et affermir. Mais ce point capital, la colonisation, n’est jusqu’ici qu’un projet, un travail de commission. De médiocres colonies sur le terrain vaudraient mieux que de savans projets sur le papier. Nous ne voudrions pas qu’on fût trop préoccupé, en Afrique, d’expéditions et de combats en France de savantes combinaisons et de projets compliqués.

L’ordonnance sur les lins a paru : le droit à l’importation est plus que doublé. C’est dire qu’un nouveau pas, un pas énorme, a été fait dans le système prohibitif, dans ce système artificiel qui prépare tant d’embarras et de si funestes crises à l’Europe. Tout a été dit sur la mesure considérée en elle-même, au point de vue économique. C’est un impôt levé au profit d’une poignée de producteurs sur tous les consommateurs et sur ceux qui produisent les denrées qui servaient à l’échange des fils de lin. C’est là une vérité élémentaire que ne peuvent obscurcir les sophismes et les déclamations de l’esprit de parti et de l’intérêt personnel. Maintenant ferons-nous au cabinet un reproche de l’ordonnance qu’il a rendue ? Nullement. Il n’y a pas de ministère qui, les circonstances étant données, eût pu résister à cette demande.