Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/168

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La résistance aurait été une faute grave. L’opinion publique sur cette question aurait été pervertie avec une facilité déplorable, mais irrésistible. Mieux vaut faire gagner quelque argent à quelques producteurs malhabiles que de jeter dans le pays des causes de perturbation et fournir des alimens à l’esprit de parti.

Il faut espérer en même temps, et nous savons gré au gouvernement de ses démarches à ce sujet, il faut espérer que l’ordonnance sur les lins donnera une solution prompte et satisfaisante au problème de nos relations commerciales avec la Belgique. Nous avons intérêt à voir notre marché s’agrandir, et la Belgique a besoin de ne pas étouffer. Le moment est arrivé pour elle de faire un premier pas dans la seule voie qui puisse lui ouvrir un brillant avenir. Nous nous consolerons quelque peu de notre pas rétrograde, s’il devient l’occasion d’un rapprochement commercial avec l’un de nos voisins.

Le nouveau cabinet espagnol paraît décidé à défendre l’ordre, la monarchie et la constitution. On dirait que Rodil aspire à devenir le Casimir Périer de l’Espagne. Il nous est plus facile de l’accompagner de nos vœux que de nos espérances. Toute comparaison de personnes à part, Rodil ne trouve pas en Espagne les souvenirs, les précédens, l’organisation morale et politique que Périer trouvait en France. En France, une révolution proprement dite est impossible par la meilleure des raisons, c’est que la révolution est faite, consommée, parachevée ; c’est que cinq millions de familles plus ou moins intéressées à la propriété foncière opposeront toujours aux agitateurs une barrière infranchissable. Les hommes peuvent sans doute quelque chose, par le caractère plus encore que par l’esprit et par l’intelligence ; mais leur puissance est toujours limitée : ils peuvent employer plus ou moins utilement les moyens qui sont à leur portée, ils ne peuvent en créer. Quoi qu’il en soit, une politique ferme et modérée est en effet la seule qui convienne à l’Espagne. Les projets de ses révolutionnaires ne sont que de serviles imitations, des utopies en parfait désaccord avec les précédens du pays.

La diète suisse va bientôt reprendre le cours de ses séances. La question des couvens de l’Argovie y reparaîtra plus ardente encore et plus compliquée. Nous espérons peu de voir la diète trancher enfin, les différends qui divisent les cantons. La Suisse est atteinte, dans sa vie politique, d’une maladie dont rien n’annonce le terme. Dieu veuille qu’elle ne soit pas frappée au cœur ! Il est une pensée qui devrait toujours dominer dans les délibérations de la Suisse : c’est que rien n’est plus humiliant et plus funeste pour un état que l’intervention de l’étranger, et que dans ce temps-ci les états secondaires n’ont qu’un moyen d’échapper à la dictature des grandes puissances ; c’est de faire eux-mêmes leurs affaires promptement, sans trop de bruit. L’union est le seul moyen de salut pour la Suisse.