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Sans s’être entendus, sans avoir pu lire aucune inscription, sans autre secours qu’un jugement délicat et sûr, ils avaient distingué trois époques, celle d’une simplicité primitive et naïve, celle de la perfection et celle de la décadence. Ils avaient l’un et l’autre attribué à la dernière le temple de Denderah. M. Letronne obtint bientôt une coïncidence plus décisive encore. C’est au mois de septembre de cette même année 1822, que Champollion publia sa lettre à M. Dacier, où il montrait que le portique de Denderah ne portait que des noms d’empereurs romains. La sculpture du portique et le zodiaque par conséquent dataient de l’empire. Le doute devenait impossible surtout lorsque Champollion eut aperçu le titre d’autocrator dans les hiéroglyphes qui accompagnent le zodiaque circulaire. On fut contraint d’accepter les résultats de M. Letronne.

Il alla plus loin. Il examina les autres zodiaques égyptiens. On en connaissait quatre encore, et l’on n’en a pas trouvé davantage, malgré les plus attentives recherches. Les deux zodiaques d’Esné et celui de Panopotis sont de l’empire romain. Les inscriptions grecques et hiéroglyphiques le prouvent également. Le quatrième se trouvait dans l’intérieur de la caisse de momie que M. Cailliaud avait rapportée de Thèbes. Quelques lettres grecques, tracées sur le bord de cette caisse, vinrent encore chagriner les partisans de la haute antiquité du zodiaque. Elles apprenaient, à n’en pouvoir douter, que cette caisse avait été faite pour un certain Pétéménophis, mort l’an XIX de Tra jan. Il demeura donc démontré que tous les zodiaques égyptiens connus étaient postérieurs à l’ère chrétienne.

L’absence du zodiaque sur les monumens pharaoniques semble attester clairement que ces représentations furent le résultat d’une influence étrangère et récente, et qu’elles n’étaient pas dans les habitudes nationales de l’ancienne Égypte. On ne peut s’empêcher de chercher à cette apparition toute nouvelle une cause dans l’époque où elle a eu lieu. L’astrologie était alors en grande vogue. Celle qui rapproche les nativités à la place qu’occupent les planètes dans le zodiaque est originaire de la Chaldée, et s’introduisit assez tard chez les peuples occidentaux. Elle acquit un singulier développement vers le premier siècle de notre ère, lorsque les progrès de l’astronomie lui eurent permis de s’entourer d’un appareil scientifique propre à déguiser sa futilité. La manie des horoscopes devint générale. Il était naturel de soupçonner que les zodiaques égyptiens pouvaient n’être que des thèmes de nativité. Le zodiaque de la momie de Pétéménophis confirme cette conjecture. Il commence par le signe du