Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/336

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Dunes. Son ressentiment s’accrut encore de l’idée qu’il avait failli perdre cette occasion de gloire, où véritablement il eut sa bonne part ; et ce mouvement, dans lequel il y avait au moins de l’honneur, le conduisit à la tentation honteuse de punir avec sa plume une femme qui n’avait pas voulu l’aider de sa bourse. C’était alors la mode de rassembler sur le compte des personnes de réputation tout ce qu’on pouvait trouver d’antithèses, de pointes, de métaphores et de délicatesses affectées ; on appelait cela faire des portraits. Il s’est conservé, de ces fades barbouillages, des volumes entiers, et malheureusement il en est entré quelque peu dans l’histoire. Si la flatterie s’y déployait sans mesure, la malignité aussi pouvait adopter cette forme commode, et ce fut en laid, ou tout au moins avec des taches, que le comte résolut de peindre sa cousine. Il n’est pas probable pourtant que cette félonie d’écrivain se soit exécutée en ce moment. Après la bataille, il y eut à prendre Dunkerque, Bergues et Dixmude, et une cruelle inquiétude vint jeter la stupeur dans l’armée victorieuse. Le roi tomba malade près de ses conquêtes, et fut bientôt en telle extrémité, que non-seulement on craignit pour sa vie, mais qu’on prit même des arrangemens pour un autre règne. Le comte se hâta de déclarer que, quoi qu’il advint, il demeurerait attaché au cardinal-ministre. « Monseigneur, lui écrivit-il et nous copions sur l’autographe, je supplie très humblement votre éminence de garder cette lettre-ci pour faire voir à tout le monde que je suis un coquin si, en cas que vous ayez jamais besoin de vos serviteurs, vous ne me trouvez, avec tous mes amis, en état de vous témoigner que je suis, envers et contre tous, votre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur. Bussy. » Cette chaleur un peu exagérée de langage, à laquelle le cardinal de Richelieu n’était pas autrefois insensible, touchait peu le cardinal Mazarin. Pour lui, et alors surtout, un homme qui se donnait si entièrement, c’était autant de moins à payer. Le comte en effet demandait en ce temps-là qu’on lui accordât le commandement d’un corps séparé. Le roi guérit, et ce commandement fut donné à un autre. Le cardinal éconduisit encore, avec une politesse extrême, plusieurs demandes de cet ami trop zélé qui n’avait pas fait son prix, de sorte que, la guerre finissant avec cette campagne, il se trouva sans emploi, sans gouvernement de places, sans charge de cour, sans pension, sa lieutenance de roi en Nivernais étant déjà devenue inutile par l’installation d’un gouverneur, pendant qu’il voyait avancer, ici et là, tous ceux qui marchaient naguère derrière lui.