Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/338

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de cette nièce fut célébré par un couplet que firent ces jeunes débauchés, qui eut grande vogue et qui n’était pas à sa gloire. » Lorsque cette chanson parut imprimée, six ans plus tard, dans l’Histoire amoureuse des Gaules, l’imprimeur, qui n’en savait peut-être pas plus, mit en renvoi, au passage concernant la maîtresse du roi, le nom de celle qui l’était alors, et cet anachronisme est devenu le fondement de plusieurs belles phrases que les historiens ont copiées l’un de l’autre. On ne saurait croire, pour le dire en passant, combien de sottises se sont accréditées ainsi, sur la foi de ces notes jetées au bas des pages par un éditeur ignorant ; et où beaucoup de savans critiques se fournissent d’érudition. Les autres couplets d’ailleurs attaquaient le frère du roi, sa mère, le cardinal Mazarin, Mlle de Montpensier, les filles d’honneur de la reine et quelques personnages moins connus, le tout, avec des paroles d’une révoltante obscénité, que rendait plus coupable le retour du pieux alléluia. Quoiqu’on fût encore loin d’avoir le texte de cette pièce, il y avait eu cependant assez de scandale pour mériter châtiment, et le comte de Bussy fut exilé en Bourgogne. Il eût bientôt permission d’en revenir, car la paix était signée, le prince de Condé venait de rentrer en France, le mariage du roi allait se faire, et il n’y avait pas moyen qu’on laissât durer une disgrace. Il reparut donc à la cour (1660), où il assista au mariage du roi, puis à la mort du cardinal Mazarin (1661), après laquelle Louis XIV résolut de gouverner lui-même son royaume. Le comte se mit alors à suivre le jeune roi avec une imperturbable assiduité, et il n’y gagna rien. Ainsi que le maréchal de Turenne, Louis XIV se sentait peu de goût pour l’intrépide railleur qui se faisait courtisan. On donna des pensions, et il n’en eut pas ; on fit des chevaliers de l’Ordre (1662), et il ne le fut pas ; on arrangea des fêtes brillantes, et on ne l’y fit pas figurer ; il y eut des gouvernemens à distribuer, et d’autres en furent pourvus ; on créa des ducs (1663), sans se rappeler qu’il n’y avait pas en France, selon lui, de plus ancienne maison que la sienne ; enfin, tout lui demeurant fermé, honneurs, places, dignités, profits, sa haute naissance, ses trente ans de services militaires, ses six années de sollicitations à la cour, aboutirent à le faire (1665) l’un des quarante de l’Académie française.

Dès ce temps-là, les gens de lettres qui formaient cette compagnie, avec le privilège, alors énorme, de se recruter par l’élection, ne se montraient pas extrêmement jaloux de choisir leurs collègues parmi leurs pareils. Ils se tenaient au contraire fort honorés lorsqu’un