Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/347

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l’usage de toutes ses forces, qu’il fût rétabli courtisan. Il obtint donc la permission de se présenter devant le roi (12 avril 1682,) au moment même où le procès s’engageait devant le parlement. Ce fut là, comme les dates seules l’indiquent, toute la cause, et ce fut aussi tout l’effet de cette réconciliation imparfaite. Cependant l’Académie française, qui ne voyait pas si loin, crut son noble confrère tout-à-fait rentré dans les bonnes graces du roi, et s’empressa de le féliciter par une députation de deux de ses membres, Charpentier et Quinault. Le comte alla l’en remercier, et le commencement de sa harangue montre assez qu’il ne s’était fait en lui, après dix-sept années, aucun changement. « Quoique je sache bien, lui dit-il, que le compliment dont vous m’avez honoré est une suite de la grace que j’ai reçue du roi, je ne laisse pas de vous en être extrêmement obligé, parce que je sais que vous ne feriez pas cet honneur à tous ceux de votre corps qui sortiraient de disgrace. » Cependant, quelque triomphe qu’il eût prétendu tirer lui-même de son rétablissement, il ne tarda pas à sentir que cela était encore fort loin de la faveur. « Le roi, dit-il, évitait de le regarder, et quand, après deux mois de cette expérience, il se hasarda jusqu’à parler, il ne reçut qu’une froide réponse. » Il retourna donc dans ses terres, et n’en revint l’année suivante (1683) que pour suivre son procès. Ce procès perdu (1684), il voulut au moins ne pas perdre la gageure où il semblait avoir mis au jeu son honneur, et qui était de ne pas mourir disgracié. Il avait d’ailleurs, ce qui était le plus nécessaire pour la soutenir, une singulière confiance dans la durée promise à sa vie ; il se vantait aussi hardiment d’avoir long-temps à vivre que d’être né homme d’esprit et de condition. Après cinq ans d’exil volontaire ajoutés aux dix-sept années de son exil contraint, on le revit à la cour (1688), où il obtint une abbaye pour son second fils, depuis évêque de Luçon et aussi académicien. D’autres graces pour son fils aîné et pour celui-ci constatèrent encore ce retour de la fortune, qui semblait vouloir sauter une génération. La guerre déclarée en 1689 contre toute l’Europe lui donna bientôt l’occasion de venir offrir au roi (1690) son service de soldat septuagénaire. Cette fois, il s’était ménagé un bon accueil par l’entremise de Mme de Maintenon, et ce n’est pas une des moindres bizarreries de sa destinée que d’avoir vu Françoise d’Aubigné apaiser un ressentiment qui datait d’une injure faite à Marie Mancini. Le roi refusa son épée, mais lui promit d’employer un jour sa plume, et ce vieillard, à qui on disait d’attendre, s’en retourna fort content. Enfin, dans un dernier voyage qu’il fit à