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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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14 juillet 1842.

La douleur et l’émotion nous ôtent tout courage, et c’est avec une profonde répugnance que nous remplissons aujourd’hui notre tache accoutumée. Au moment de prendre la plume, une affreuse nouvelle arrive jusqu’à nous. Depuis quelques heures, un jeune prince, l’espoir de la nation, l’orgueil de sa famille, n’est plus. Un malheur des plus cruels et des plus inattendus l’a ravi à la France, lorsque, plein de force, d’activité, d’ardeur patriotique, de nobles pensées, il se préparait à la royauté comme il appartenait à l’héritier de la monarchie de juillet, lorsque nos enfans étaient assurés de jouir sous son règne des fruits de cette éducation forte, virile, nationale, que le roi fait donner à tous les princes de sa maison.

Attente trompeuse ! Cette jeunesse dont il avait partagé dans l’école et dans les camps les travaux et les récompenses, les périls et les palmes, cette jeunesse si fière de la pensée qu’elle pourrait un jour saluer roi des Français ce camarade si distingué, si aimable et si bon, cette jeunesse se réunira demain autour d’un cercueil ; il ne lui faut plus songer aux acclamations d’un joyeux avènement : c’est au chant funèbre qu’elle assistera, plongée dans un morne et douloureux silence.

Qui oserait retracer la douleur de la noble famille que le malheur a si cruellement frappée ? Les grandes infortunes commandent le silence : elles ne veulent pas être profanées par de vaines paroles. Les larmes d’un père, d’une mère, d’une épouse, d’une sœur chéries, sont chose sacrée.

Si au milieu de la tristesse générale, on avait le courage de porter la pensée sur la question dynastique, on trouverait toutes les garanties et les sûretés que la politique la plus prévoyante peu désirer. La Providence, en visitant