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moeurs helléniques jouissent seuls d’une organisation sociale supérieure à l’état de clan ; seuls ils ont l’idée de la cité, qui prépare aux idées de patrie. Toutefois cette cité ou commune offre encore plus d’une trace des mœurs patriarcales : ses gardes civiques ou armatoles ont, il est vrai, des kephalades (capitaines) élus par tous ; mais l’évêque y remplace le père de famille, et y prononce presque en juge absolu, comme l’indique son titre de despote. Ainsi, dans la cité, au lieu d’être, comme dans le clan, un parc de bergers, le champ d’asile est un sanctuaire.

De même qu’autrefois les tribus grecques se divisaient en quatre confédérations avec quatre dialectes, éolien, ionien, attique et dorien, de même le peuple entier des Chkipetars se divise en quatre groupes de tribus, qui ont donné leurs noms aux quatre Albanies. On trouve déjà ces quatre groupes mentionnés dans Arrien, Pline et Strabon, comme autant de peuplades scythiques venues du Caucase sous le nom de Gogs ou Mardaïtes, de Lesgltisdans ou Toxides, de Iapyges et de Chamis. De ces quatre groupes primitifs sont sortis les Toskes, les Japes, les james et les Djègues. Cette dernière confédération est scindée en deux branches, l’une musulmane du rite sunni, l’autre chrétienne du rite catholique latin. Les Djégues chrétiens prennent particulièrement le titre de Mirdites, et c’est la portion la plus vivace, la plus jeune, du peuple albanais.

Les Djègues occupent toute l’Albanie rouge et septentrionale, qui s’étend de Skadar (Scutari) jusqu’à Prisren, et d’Elbassan jusqu’aux sources de la Boïana. Les Djègues mahométans sont groupés autour du visir de Skadar, le long de la Boïana, et sur la côte, à Antivari, Dulcigno, Croïa, Alessio, Tirana, Durazzo, d’où ils s’étendent dans l’intérieur des terres jusque vers Scoumbi et le lac d’Ocrida. Plus tranquilles et plus sociables que les autres Albanais, les Djègues musulmans sont honorés par les Turcs même du noble titre d’Osmanlis. En guerre, ils attaquent l’ennemi avec une impétuosité formidable. Tandis que les autres Albanais ne combattent bien qu’à pied et en tirailleurs, les Djègues combattent surtout a cheval, savent marcher en lignes serrées et manient admirablement leurs longues lances. Malgré ces belles qualités militaires, les tribus des Djègues musulmans sont les plus soumises et les plus pressurées de toutes celles de la confédération. Aucun de ces Albanais mahométans ne prétend au nom de Mirdite. Il n’en est pas de même des Djègues montagnards ou Malisors, qui sont chrétiens pour la plupart et bien plus portés à l’indépendance. Derrière leurs rochers, ceux-ci pourraient