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protecteurs. L’anarchie semble un vice inhérent à la constitution de ce pays, et une constitution impuissante à concilier l’ordre avec la liberté finit par apporter le découragement à toutes les ames, en affaiblissant peu à peu le culte de la patrie. C’est ainsi que les nationalités tombent, et la race albanaise va se fondant de plus en plus avec les races voisines.


IV

La destruction des beys musulmans, en 1830, fut pour l’Albanie ce qu’avait été pour tout l’empire d’Orient l’extermination des janissaires. A partir de ce jour, les rayas purent respirer, et îles tribus libres de la Mirdita n’eurent plus à craindre d’aussi fréquentes tchetas de la part des musulmans. Délivrées de l’oppression des beys, ces tribus, n’ont pas tardé à devenir envahissantes. Les Doukagines, trop voisins de Skadar, et les Malisors-Klementi, placés trop près du Monténégro, sont seuls restés stationnaires. Mais les Dibrans ont élargi d’année en année leur confédération, et, en 1840, ils ont fraternisé avec les Serbes schismatiques de Bosnie, comme leur intérêt bien entendu le leur conseillait depuis long-temps. Auiourd’hui les Albanais de Roujaï, Glougovik, Souodol, Ougrelo, Dougopolié, sont tout-à-fait libres, et ne reconnaissent d’autres chefs que les vieillards qu’ils ont élus. La plupart ne paient aucune espèce de taxe, et ne permettent à aucun Turc d’habiter sur leur territoire ; d’autres, plus exposés aux razzias des pachas, consentent à leur payer un léger tribut et à recevoir un de leurs officiers, qui, sous le nom d’ayan, réside dans leur village ; mais ce délégué ne jouit d’aucune autorité, et le plus souvent il est gardé à vue par les indigènes. Ainsi, l’ayan placé à Gousinié par le visir de Skadar n’a pas même le droit d’entrer dans cette petite ville ; il est forcé de demeurer hors des murs. Les Malisors catholiques présentent leur totale exemption d’impôts comme une récompense du sultan Amurat, qui les affranchit à perpétuité pour une grande victoire qu’ils lui avaient fait remporter sur les Slaves. En résumé, presque tout le nord de l’Albanie est ou déjà libre autant et plus que la Serbie, ou en travail pour le devenir.

Quant à l’Albanie du sud, si l’on en excepte le pays des Liapes et du Pinde, elle ne renferme que des tribus hellénisées. Ces tribus de schismatiques ont eu souvent à soutenir des luttes atroces contre leurs frères catholiques, et, quoique les Mirdites portent la croix grecque sur leur étendard, ils ont poussé la haine des Grecs jusqu’à