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les écrits de ces vrais savans, on est frappé du contraste qu’ils présentent avec ceux de leurs prédécesseurs. La simplicité, la clarté, remplacent le mysticisme et l’obscurité ; tout prend un aspect positif qui repose l’esprit fatigué des allégories alchimiques, et, si la science ne se coordonne pas encore, on sent qu’elle est sur la voie qui doit la conduire à cette nouvelle phase.

En 1651, la Toscane voit naître dans son sein la célèbre académie del Cimento ; en 1662, la Société royale de Londres est formée ; quatre ans après, en 1666, l’Académie royale des sciences de Paris est instituée. Ces corps savans se placent à la tête du mouvement intellectuel et lui impriment une impulsion nouvelle en devenant centres d’action. A peu près à la même époque, la chimie est dotée en France d’un enseignement public. Une chaire est créée au Jardin des Plantes et confiée à Nicolas Lefèvre, homme à qui il n’a manqué peut-être qu’un peu d’activité pratique pour faire franchir à la science qu’il professait les plus grandes difficultés qui entravèrent long-temps sa marche. Son Traité de Chimie raisonnée renferme des idées générales vraiment remarquables, et dans ce qu’il dit de l’esprit universel, des résultats que présente la calcination des métaux, on peut trouver en germe tous les élémens de la science moderne. Mais les temps n’étaient pas encore arrivés, et ces théories ne purent encore porter de fruits.

Après Nicolas Lefèvre, homme qui brille surtout par l’imagination, nous trouvons Lemery, dont l’esprit positif et expérimentateur enrichit la chimie d’une multitude de faits bien observés, de procédés simples et faciles, tandis que son enseignement clair et précis achevait de débarrasser la science de ce langage énigmatique, dernier reste de l’ancienne alchimie. En même temps qu’il poursuivait à Paris cette œuvre de vulgarisateur aux applaudissemens d’une foule innombrable qui se pressait autour de sa chaire, Homberg, gentilhomme allemand, parcourait toute l’Europe, visitait les chimistes les plus célèbres, achetait leurs secrets, leurs procédés, les imprimait au fur et à mesure, et mettait à les livrer au public le même soin que d’autres employaient à les cacher. On doit u’une ère nouvelle se préparait pour la chimie ; cette science, jusqu’à ce jour réservée pour un petit nombre d’adeptes, allait devenir populaire, et ses progrès devaient s’en ressentir.

Jusqu’à l’époque qui nous occupe, les chimistes, quelque éloignés qu’ils fussent des physiciens et par la nature de leurs recherches et par leur manière de procéder, avaient eu cependant avec eux un