Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/529

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bien intentionnés pour le christianisme à le confondre avec ce qui lui ressemble le moins. Sa gloire n’est-elle pas de contenir seul la véritable idée de Dieu ? Pourquoi vouloir à tout prix retrouver partout ce qui n’appartient qu’à lui ?

Après Lao-tseu, la secte qu’il avait fondée ou renouvelée alla toujours croissant tant que dura la dynastie des Tcheou. Le dernier de ses empereurs, le célèbre Hoang-ti, qui, jaloux du pouvoir chaque jour plus grand de l’école de Confucius, la voulut anéantir, qui fit tuer tous les lettrés et brûler tous leurs livres, Hoang-ti, sans doute pour achever de les écraser, s’efforça d’élever à leur place et sur leur ruine les sectateurs du tao, les disciples de Lao-tseu ; mais la dynastie suivante, celle des Hans, probablement par hostilité contre les Tcheou, s’empressa de relever la doctrine de Confucius et d’humilier la secte de son rival. Alors les tao-ssé cherchèrent à rapprocher leurs idées de celles de Confucius, à peu près comme les druides, quand la Gaule eut été soumise, donnaient à leurs dieux indigètes les noms des dieux romains. Les tao-ssé dirent que Confucius avait été disciple de Lao-tseu, quoique rien ne soit plus loin de l’histoire et de la tradition, qui nous présentent Lao-tseu et Confucius comme ne pouvant s’entendre. Le premier, perdu dans les spéculations métaphysiques, était comparé par le second, ami du positif en philosophie, à un dragon qu’il ne pouvait atteindre dans la région des vents et des nuages. Lao-tseu, de son côté, répondait aux questions de Confucius avec un profond dédain pour les vertus pratiques, constant objet de son enseignement moral et politique. « Cultivez le tao, élancez-vous vers lui de toute votre ame, disait Lao-tseu ; mais à quoi bon l’humanité, à quoi bon la justice ? La justice et l’humanité d’aujourd’hui ne sont plus qu’un nom… Maître, vous ressemblez à un homme qui battrait le tambour pour chercher une brebis égarée. » On voit que Lao-tseu et Confucius étaient loin d’être d’accord, et que l’harmonie que voulurent établir leurs disciples entre des tendances non-seulement diverses, mais opposées, dut être commandée par les circonstances.

Une conciliation était plus facile à opérer entre le bouddhisme et les idées de Lao-tseu, lesquelles, comme nous le verrons, offrent une grande ressemblance avec les idées indiennes. Aussi, quand le bouddhisme s’introduisit à la Chine, les tao-ssé et les sectateurs de Fo (Bouddha) se rapprochèrent tellement, qu’il est plus difficile de dire en quoi leurs deux religions se ressemblent que de montrer en quoi elles diffèrent.