Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/798

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Les billets des banques ne sont donc pas une monnaie. De plus, il n’est donné à personne de leur en imprimer le caractère, car s’il n’y a point de puissance humaine qui puisse attribuer à des pièces d’or et d’argent une valeur supérieure à celle qu’elles portent avec elles, il n’y a point de lois qui puissent élever à leur niveau un papier dépourvu de toute valeur.

Qu’est-ce donc qu’un billet de banque ? Une obligation commerciale, et rien de plus. C’est un titre de créance qu’une banque délivre et qu’elle doit acquitter plus tard. Ce n’est pas une valeur actuelle, mais un engagement ou une promesse. Promesse, obligation, un peu différente pour la forme, mais exactement la même quant au fond, que toutes celles qui s’échangent journellement dans les transactions privées.

Mais, dit-on, si le papier des banques n’est pas une véritable monnaie, ce sera du moins une monnaie fictive, circulant dans le public comme la monnaie réelle et y remplissant les mêmes fonctions. Comme cette expression de monnaie fictive n’a dans la langue aucun sens déterminé, rien n’empêche absolument de s’en servir pour désigner telle ou telle espèce de papier : c’est une manière comme une autre de s’expliquer en peu de mots. Cependant il est bon de remarquer que cette désignation ne convient pas plus aux billets des banques qu’à toute autre espèce de papier transmissible, circulant à diverses conditions dans le public. Si les billets des banques sont une monnaie fictive, il faut en dire autant des lettres de change, des billets à ordre, de tous les titres enfin qui se négocient ou se transmettent. Comme les billets de banque, les effets de commerce passent de main en main ; ils servent aux échanges, aux paiemens, aux transactions de toutes les sortes, et la seule différence qui s’y trouve, c’est que leur circulation est moins générale et moins facile.

Il n’est d’ailleurs pas exact de dire que les billets des banques, non plus que les effets de commerce, circulent dans le public au même titre que la monnaie réelle, et y remplissent les mêmes fonctions. Partout où la monnaie intervient, elle est reçue comme marchandise ; en cette qualité, elle est acceptée comme un paiement effectif, et les droits comme les prétentions de celui qui la reçoit s’éteignent. Le papier des banques ne circule, au contraire, que comme un titre de créance ; il n’est pas accepté comme un paiement effectif, mais comme la promesse d’un paiement futur, et les droits de celui qui l’a reçu subsistent, avec la seule différence qu’il a changé de débiteur. Au lieu d’un paiement, il y a dans ce dernier cas une novation de créance. C’est un titre substitué à un autre, et voilà tout ; car celui qui paie en billets de banque n’est libéré que parce que, du consentement du créancier, la banque succède à ses engagemens. Ainsi la monnaie éteint les obligations, tandis que le papier des banques les renouvelle ou les déplace, tout-à-fait semblable en cela aux effets de commerce, dont il ne se distingue en effet que par la facilité et l’étendue de sa circulation.

Rigoureusement parlant, la dénomination de monnaie fictive, que l’on applique aux billets des banques, n’est pas seulement arbitraire, elle est abusive et fausse. Considérez un semblable billet dans ses conditions normales,