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trême de la chambre d’assemblée, je crois utile de présenter un aperçu rapide de la situation à laquelle le Bas et le Haut-Canada étaient simultanément parvenus au moment où une solution violente devait terminer la lutte entre la race anglaise en partie gagnée par d’injustes préférences, et la race française défendant les principes de liberté qui seuls pouvaient la protéger contre le système d’infériorité politique dont elle souffrait depuis tant d’années.

En 1836, la population du Bas-Canada s’élevait à environ 700,000 ames, dont 550,000 appartenaient à la race française. Le recensement officiel de 1831 porte que 50,824 familles étaient adonnées à l’agriculture, et 2,500 seulement engagées dans le commerce [1]. Les caractères les plus saillans de cette population rappellent son origine française. On lui reproche trop de penchant au plaisir, de la légèreté, peu de suite dans la conduite, peu de persévérance dans le travail, défauts que fait ressortir davantage le contraste de l’esprit grave, sévère, laborieux et entreprenant de la population, de race, saxonne. Les qualités du cœur compensent chez les Canadiens les qualités plus solides, mais moins aimables, du caractère anglais. Les Anglais sont les premiers à reconnaître leur franchise, leur loyauté, leur générosité. M. Ellice disait en 1838, dans la chambre des communes, qu’il n’avait jamais rencontré de peuple d’un plus heureux naturel (that he had never met with so contented, so happy, so good a people). Malgré l’exagération de ses préjugés de race et ses antipathies contre tout ce qui est Français, lord Stanley les jugeait aussi favorablement. Je lis, dans le récit d’un voyage écrit par une main anglaise [2], « qu’il n’y a pas de ville, sans en excepter Londres, où l’exercice des sentimens de charité soit plus répandu, où il y ait, plus d’établissemens de bienfaisance qu’à Québec et à Montréal. » Je ne sache pas de plus bel éloge en l’honneur de nos frères du Canada que la simple expression de ce fait.

Le reproche que les Anglais ont adressé le plus volontiers aux Canadiens est celui d’ignorance, qui semblait constater en eux une sorte d’infériorité intellectuelle. Il est vrai que l’instruction publique (et l’administration coloniale peut s’en accuser) a été pendant longtemps négligée dans le Bas-Canada ; mais, au moment où la lutte des Canadiens avec l’Angleterre prenait un caractère si violent,

  1. Le territoire occupé par cette population était divisé en cinq districts : Québec, Montréal, Saint-François, Trois-Rivières et Gaspe, subdivisés en trente-sept comtés, et ayant une superficie d’environ 52 millions d’hectares.
  2. The Backwoods of Canada. London, 1836.