Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/897

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chie héréditaire. Il ne voyait de floraison et d’épanouissement d’art possible que sous cette forme de gouvernement. François Ier, Léon X, Louis XIV, étaient ses trois symboles, ses ères mémorables. Il ne savait pas scinder ce qui lui paraissait essentiellement uni, la foi religieuse et l’autorité monarchique. Son catholicisme, il est vrai, était un catholicisme d’imagination et de sentiment plutôt qu’un dogme sanctionné par les pratiques. Sa légitimité restait à l’état de théorie pure, elle n’allait pas jusqu’aux espérances coupables, moins encore jusqu’à la conspiration active. Mais toujours est-il que c’étaient là pour lui deux croyances fondamentales au foyer desquelles son génie s’inspirait, et qui valaient, en tous cas, comme négation d’autres principes.

Dévoué exclusivement à son art et à sa famille, Albert n’avait pas connu une passion, compagne trop ordinaire de la jeunesse. L’amour sans bornes qu’il avait pour sa mère et sa sœur était le seul qui fût jamais entré dans son cœur. Ce chaste amour l’avait préservé de plus dangereuses et de plus vives séductions, Les syrènes du monde avaient en vain essayé contre lui leurs prestiges ; tous ces enchantemens s’étaient brisés contre l’invisible armure de l’artiste. Ce n’est pas qu’Albert fût inaccessible aux sentimens tendres ; mais de bonne heure il s’était prémuni contre le danger. Il sentait qu’une fois le trait attaché à son flanc, il l’eût difficilement arraché. Il savait aussi qu’une grande passion, qui absorbe et dévore tout à l’entour, s’allie mal avec d’austères exigences. L’image toujours présente de sa mère et de sa sœur lui avait servi de talisman ; il s’était fait un bouclier de son devoir. Disons mieux, il avait renoncé gaiement, par piété flliale, à la plus belle, à la plus fraîche moisson du jeune âge.

Toutefois Albert n’avait pas été insensible à l’amitié. Pendant son noviciat d’artiste, il s’était lié étroitement avec un jeune homme, de deux ou trois ans plus âgé que lui, qu’une grande curiosité d’esprit attirait partout où l’intelligence trouve à glaner. Orphelin et possesseur d’un revenu modique, Julien s’était senti, de bonne heure, un grand attrait pour l’étude, prise dans son sens le plus étendu. Son esprit analytique éprouvait le besoin de pénétrer au fond de tous les creusets humains. Pour lui, la science était le complément indispensable de la faculté d’observation. Au lieu de s’attacher à une branche unique des connaissances, il s’était plu à les effleurer toutes ou presque toutes. Le droit, la médecine, la chimie, les sciences physiques et naturelles, la philosophie, l’avaient tour à tour ou simultanément attiré. Il s’était occupé un peu de phrénologie, et il aimait à