Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/953

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feu pour effrayer les visiteurs affamés, on se couchait pêle-mêle sous la tente et à l’entour, on se racontait de grotesques histoires d’assassins ou de revenans. Quoique les nuits fussent fraîches dans la forêt, Jacques ne se plaignait jamais du froid, grace aux deux jolies bohémiennes qui le protégeaient avec jalousie. Elles poussaient leur tendre sollicitude jusqu’à lui cacher les scènes de scandale qui se passaient autour de lui.

On se remit en route vers l’Italie ; on marcha à petites journées, quêtant dans les villages, pillant les chaumières désertes, laissant partout des traces malfaisantes. Jacques pouvait dire comme Pilate Je m’en lave les mains ; cependant il mangeait très bien et sans se faire prier le fruit des rapines. Il faut bien vivre de quelque chose. Ils traversèrent les Alpes par les sentiers les plus sauvages, soupant aux dépens des moines. Enfin, après six semaines d’aventures bizarres et périlleuses, Jacques Callot salua, l’Italie, la terre sainte des arts. Il était temps, car le pauvre enfant, malgré les souvenirs de sa mère, qui le protégeaient dans la horade sauvage des bohémiens, eût fini par se perdre en cette compagnie de hasard, qui ne reconnaissait ni Dieu ni diable, ni bien ni mal, ni vertu ni vice. Déjà les splendides images de l’Italie palissaient devant les figures amoureuses et souriantes des deux jolies bohémiennes, quand enfin il mit le pied sur ce sol sacré. L’Italie ! l’Italie ! s’écria-t-il en levant les bras au ciel. Il pleura de joie et remercia Dieu. Dès cet instant, il se sentit dans un air plus pur, le vent emporta par lambeaux tous les nuages de son ame. Adieu, Pepa ! adieu, Miji ! vous êtes belles toutes les deux, mais l’Italie est plus belle encore. L’Italie, c’est ma maîtresse, c’est elle qui me tend les bras, c’est elle qui m’appelle sur son sein ; c’est plus que ma maîtresse, c’est ma mère ! Je vais puiser l’amour de l’art à ses généreuses mamelles !


III.

Dans tout ceci, je n’invente rien. Il y a des existences d’artiste, et celle de Callot est de ce nombre, plus romanesques que bien des romans. Callot, dans ses plus charmans caprices, a moins imaginé qu’il ne s’est souvenu. Il a fait plus tard une petite place dans son rouvre à ses amis les bohémiens ; grace à son burin immortel, nous pouvons voir tout à notre aise cette troupe curieuse en halte et en route. Dans la première eau-forte couronnée de ces vers :