Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/978

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la mer, les citadins, et là, l’industrie, le luxe, l’administration et la police européennes ; plus loin, entre la côte et les montagnes ou le désert, les colons européens plus ou moins simples, plus ou moins rudes, dans leur genre de vie, selon qu’ils seront plus voisins du littoral ou des montagnes, population intermédiaire entre la civilisation et la barbarie, qui sera la force ou la faiblesse du pays, et dont l’organisations est, selon moi, le secret de la Providence. Dans les montagnes, les Cabyles et les Arabes, tantôt commerçant avec les colons et tantôt pillant leurs terres, payant le tribut quand ils ont peur de nos soldats, et reprenant le tribut par le vol quand nous paraissons sommeiller ; enfin, plus loin et sur la lisière du désert, des tribus trop éloignées ou trop mobiles pour offrir une prise à la conquête, fanatisées de temps en temps par quelque marabout ou par quelque chef ambitieux, et nous faisant la guerre sainte : voilà les diverses populations qui, ont été et qui seront de tout temps distribuées dans l’Afrique septentrionale, ayant chacune leur zone, mais une zone qui tantôt s’élargit et tantôt se rétrécit selon le temps et selon les occasions. L’art du gouvernement, c’est d’établir entre ces diverses populations les rapports que comporte leur état différent et de se garder de viser à l’unité.

Dans les villes, l’administration européenne est à sa place, quoi qu’il soit à propos peut-être de la rendre un peu moins paperassière. Le papier administre passablement bien les intérêts des vieilles sociétés, qui sont lentes et compliquées, où il y a beaucoup de droits acquis ; et où il s’agit plutôt de maintenir que de faire. Or, le papier a l’avantage de ne rien faire et de ne rien déranger. Il discute, il examine, il est très favorable au statu quo. Mais dans les jeunes sociétés, qui sont simples et actives, et où il s’agit de créer plutôt que de conserver, le papier nuit plus qu’il ne sert.

Hors des villes et quand on arrive à la zone des colons européens, c’est là surtout qu’il faut oublier les traditions de l’administration européenne. Il n’y a là rien qui ressemble à une commune de la Beauce ou de la Picardie, ayant son maire et son adjoint. Les colons doivent former un camp plutôt qu’un village et être moine cultivateurs et moitié soldats. Si nos colons sont une population purement agricole et qui croit qu’il y a à Alger, à Bone, à Oran, des troupes chargées de les protéger et de les défendre, ou bien s’ils sont, ce qui est pis, une population de spéculateurs qui vendent et revendent les terres, et qui s’occupent peu de les cultiver, ou bien encore si les colons ne sont que des cabaretiers et des brocanteurs à la suite de