Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/919

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Wilkie, poète de circonstance, a été plus sage ; il a heureusement combiné deux genres et adopté un style héroïque et familier à la fois, dont il a su tirer un merveilleux parti. Ses Invalides de Chelsea seraient son chef-d’œuvre, si dans ce tableau la noblesse et l’énergie eussent été en raison de l’animation. Toujours est-il que dans une toile de petite dimension Wilkie s’est montré à la fois peintre national et peintre ingénieux, sachant allier l’éclat du coloris, la science du dessin et l’expression fine et juste. Plusieurs personnages de ce tableau sont vivans et vont vous parler. Le vieillard qui écoute la lecture du bulletin de la bataille en mangeant, l’homme qui allonge la tête hors d’une fenêtre pour entendre, et l’invalide assis à droite et vêtu de rouge, rappellent les plus heureuses créations du peintre écossais. Quelques détails laissent toutefois à désirer. Les carnations des femmes sont trop blafardes, les enfans paraissent soufflés, et les contours de la plupart des figures sont trop sèchement accusés. Wilkie, par une affectation de fini extraordinaire, a souvent gâté ses meilleurs tableaux, qui eussent singulièrement gagné à ce qu’il les laissât à ce qu’il appelait l’état d’ébauche.

Ayant fait la part de la critique, nous devons nous empresser d’ajouter qu’il n’est pas un seul personnage de la scène que l’artiste a représentée qui ne soit bien de son pays. Ces hommes carrés et robustes sont de vrais beef-eaters ; ils ont l’allure un peu guindée et la vivacité tant soit peu raide et gourmée de buveurs d’ale et de porter. En un mot, ils sont bien Anglais.

On pourrait faire un éloge analogue des personnages du tableau de Knox. Ce sont bien là des Écossais, mais plutôt des Écossais de notre temps que des contemporains du farouche réformateur. Le personnage de Knox n’a pas non plus la terrible énergie qu’on est en droit d’exiger. Où donc est ce chagrin superbe, cette indocile curiosité, cet esprit de révolte, que l’on devrait rencontrer sur le front, dans l’attitude et dans chacun des gestes d’un tel homme ? car c’est là une de ces ames hautaines dont s’empare l’esprit de séduction, quand Dieu laisse sortir du puits de l’abîme la fumée qui obscurcit le soleil. M. Wilkie, nous le savons, n’a pas la profondeur de conception d’un Bossuet, et, pour caractériser un réformateur, n’a pu se placer au même point de vue. Cependant sa composition ne manque pas d’une certaine hardiesse pathétique que fait encore ressortir un singulier talent d’exécution, M. Wilkie cette fois ayant su s’arrêter à temps.

Ce peintre, dans les dernières années de sa vie, fut le véritable