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donc, je le répète, de pièces d’eau successives dont chacune est de niveau et par conséquent sans courant. Ces bassins appelés biefs, s’échelonnent les uns à la suite des autres, comme feraient de longs gradins. Ainsi, d’un bief à l’autre, le niveau change brusquement ; communément, la différence de niveau entre deux biefs qui se succèdent est de 2 mètres et demi à 3 mètres. A la séparation de deux biefs est toujours placée une écluse, construction en maçonnerie garnie de portes, qui sert à faire passer un bateau du bief supérieur dans le bief inférieur, ou réciproquement. Il n’est personne qui n’ait vu fonctionner une écluse ; nous avons en France assez de canaux pour cela. Au surplus, la manœuvre se fait ainsi : une écluse est un passage entre deux murs massifs, long et large autant qu’il le faut pour recevoir un bateau, et fermé de deux portes adossées, l’une au bassin supérieur, l’autre au bassin inférieur. Quand on ouvre la porte d’en haut, en fermant celle d’en bas, l’écluse est en communication avec le bassin supérieur, et l’eau s’y établit au même niveau qu’en ce bassin. Si on ouvre la porte d’en bas en tenant close celle d’en haut, l’écluse est en rapport avec le bassin inférieur, et prend de même son niveau. Le jeu de l’écluse résulte de cette faculté d’y avoir alternativement l’eau au même niveau qu’en chacun des deux biefs. On y introduit le bateau en ouvrant la porte du côté par lequel il arrive. Ensuite on ferme cette porte pour ouvrir l’autre, et on n’a plus qu’à le pousser en avant.

La différence de niveau entre deux bassins successifs est ce qu’on nomme la pente (ou bien la chute) rachetée par l’écluse qui les sépare, ou, pour mieux dire, qui les unit.

Le point de partage d’un canal est celui où les bassins on biefs, après avoir monté, semblables à des gradins successifs, pendant un certain espace, cessent de s’élever ainsi au-dessus les uns des autres pour se mettre à descendre en sens opposé ; cette pente nouvelle prend le nom de contre-pente. Tous les canaux n’ont pas de point de partage, car il en est où les biefs vont toujours en montant sans jamais redescendre. Il est des canaux, au contraire, qui présentent successivement plusieurs points de partage ; ils ont alors plusieurs pentes et contre-pentes.

La difficulté et les frais de l’établissement d’un canal dépendent principalement de deux élémens, la longueur du parcours et la somme des pentes à racheter par les écluses. Toutes choses égales d’ailleurs, plus un canal est long, et plus il coûte cher. De même,