Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 5.djvu/599

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semble entrevoir les merveilles de cette attraction passionnée si chère aux fouriéristes, et il recommande le mélange des hommes et des femmes dans les ateliers « La nature, dit-il, a mis dans les deux sexes un désir réciproque d’être ensemble, de se plaire et de se servir mutuellement. Ce que la galanterie et la politesse font faire à des hommes du monde, le paysan le fait grossièrement pour la paysanne : il veut paraître fort à porter la hotte, comme le chevalier à porter la cuirasse. Lorsque des hommes et des femmes travailleront ensemble à la construction, d’un canal ou d’un grand chemin, le travail sera plus animé et moins dur. Otez-en un sexe, l’autre aura peu d’empressement à y aller. » Ces bizarreries, il est juste de le dire, sont rachetées par quelques idées judicieuses et fécondes. On ne pouvait d’ailleurs éviter de comprendre l’Essai sur le Commerce dans une collection des écrivains économiques qui ont fait époque. Suivant la remarque de M. Daire, Medon est le véritable théoricien de l’école mercantile, et le grand succès obtenu par son œuvre permet de la considérer comme un écho des doctrines politiques en faveur dans les hautes classes de la société après les orgies de la régence et le bouleversement du fameux système.

Un service dont il faut savoir gré à Melon a été de provoquer des études et des publications utiles, notamment les Réflexions sur le Commerce et les Finances de Dutot, qui à son tour a été combattu par le fameux financier Paris-Duverney. Tout ce qu’on sait de Dutot, c’est qu’il était caissier de la Compagnie des Indes pendant la gestion de Law. Homme de savoir et de pratique, plus à portée qu’aucun autre d’observer les effets de la circulation des espèces, il crut faire acte de bon citoyen en protestant contre des doctrines pernicieuses dont un gouvernement inhabile et corrompu n’eût pas manqué d’abuser. Nous avons déjà parlé de cette complaisante théorie en vertu de laquelle les espèces métalliques ne cessèrent d’être affaiblies, en France comme dans le reste de l’Europe, depuis les premiers âges des monarchies modernes jusqu’au commencement du XVIIIe siècle. Précisons les faits. Sous les premiers successeurs de saint Louis, avec une livre d’argent au poids, on taillait environ sept livres de compte : aujourd’hui, avec un demi-kilogramme équivalent de la livre, on fabrique une valeur de 100 francs. Comme théoricien, Law avait vivement condamné cet expédient désastreux ; il avait eu l’honneur de démontrer que toute pièce de monnaie est une marchandise dont la valeur d’échange est indépendante de la volonté du souverain. Arrivé au pouvoir, il tourmenta les espèces avec plus d’imprudence