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de Salé ou de Tétuan. On aurait de la peine à supputer la richesse monnayée qui se trouve sans aucun doute enfouie dans leurs huttes misérables d’où jamais l’on ne voit sortir les sommes énormes qu’ils rapportent de leurs incessans pillages, ou que leurs menaces arrachent aux sultans et aux pachas. Le jour ou la guerre devrait recommencer contre l’empereur, nous sommes convaincu qu’on pourrait lui opposer les Shilogs, en les prenant par leur faible, cet amour excessif du butin et de l’or ; parmi eux, les tribus vaillantes de Zenetta et de Sanhagia formeraient au besoin une sorte d’état indépendant, qui, en très peu de temps, isolerait le sultan du Tafilet et des autres districts du midi.

Les plaines du Maroc appartiennent aux Arabes et aux Maures ; dans quelques provinces, les deux races se sont à tel point mêlées, que l’on ne peut plus les distinguer l’une de l’autre ; tout auprès, il en est d’autres où elles se sont développées côte à côte, sans plus contracter d’alliance qu’à l’époque où elles franchirent ensemble le détroit pour conquérir l’Espagne. Maures et Arabes sont en général d’une taille élevée, d’une constitution souple et robuste, d’une agilité à l’épreuve de toutes les fatigues ; pour la conformation du visage, pour la couleur des cheveux, ils ressemblent presque de tout point aux Espagnols des provinces méridionales. Leur regard est vif, leur geste énergique. Présomptueux et fanfarons, ils sont prompts à promettre, comme les Andaloux, mais comme les Andaloux, ils sont sujets à oublier leurs engagemens aussitôt après les avoir contractés. A Dieu ne plaise pourtant que nous assumions sur nous la responsabilité d’un tel rapprochement ! c’est aux voyageurs espagnols que nous laissons le mérite de l’observation. Quand les Maures et les Arabes s’engagent par écrit, leur premier soin est de chercher de quelle façon ils pourront fausser leur parole ; mais, en dépits de cette barbarie séculaire qui, au Maroc, va tous les jours augmentant, Maures et Arabes sont merveilleusement doués encore pour le commerce : on peut compter sur eux, du moment où l’habitude des affaires leur a révélé l’importance et les avantages du crédit. Du reste, les Maures d’Afrique sont excessivement enclins aux plaisirs de l’amour, et surtout ceux de la table ; ce n’est pas sans raison que le prophète avait interdit à ses sectateurs l’usage du vin et des liqueurs, et celui des viandes fortes et grasses. Presque partout aujourd’hui, ces prohibitions du Koran sont tombées en désuétude ; dans les villes populeuses, sur vingt Maures, il en est au moins quinze qui, chaque semaine, s’enivrent une ou deux fois, sinon plus souvent. L’autorité religieuse est assez indulgente envers les croyans qui s’adonnent à l’ivresse ; il ne faudrait pas trop cependant se fier à sa tolérance : en bien des occasions, il lui prend de si vifs scrupules, qu’elle s’empare brutalement de quiconque a ainsi transgressé la loi du prophète, et le fait fouetter jusqu’à ce qu’il ait repris l’empire de ses sens.

En général, ce sont les Maures qui habitent les villes, les Arabes originaires de l’Yémen, les Bédouins, les Arabes purs enfin, sont presque tous répandus dans les campagnes, où ils sont, comme les Berbères du Riff réduits