Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 8.djvu/33

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à l’état nomade. Comme les Berbères, ils vivent sous des tentes de poil de chèvre ; comme chez les Berbères, les femmes sont parmi eux chargées des travaux pénibles ; ainsi que les clans amazirgas, les tribus arabes ne s’allient presque jamais avec les hordes voisines : elles campent cependant à peu de distance les unes des autres, au bord des fleuves ou des fontaines, non loin des tombeaux de leurs saints, et comme leurs tentes sont disposées en cercle, le camp entier prend le nom de douair qui signifie rond. Les Arabes purs ne sont point, comme les Maures, perfides ni sujets à la colère ; ainsi que les premiers patriarches, ils exercent la plus franche et la plus cordiale hospitalité. S’ils donnent leur parole on peut s’y fier, ils la tiendront Par un étrange contraste, les Arabes purs sont peut-être les plus grands et les plus déterminés voleurs de la terre, si l’on met à part ce défaut, qui n’a rien de l’antique naïveté biblique, et leurs superstitions d’origine mahométane, on ne voit pas trop en quoi, aujourd’hui même, ils diffèrent de leurs pères, les Arabes du temps de Job.

Tout à côté, ou plutôt parmi les populations de race conquérante ou du moins indépendante, il existe au Maroc trois classes de parias, les esclaves nègres et blancs, les Juifs et les renégats. De l’un à l’autre bout de l’empire, on trouve des esclaves nègres chargés des soins domestiques et des travaux de l’agriculture. Leur position pourtant est loin d’être aussi misérable que celle des serfs en Russie et des nègres au Nouveau-Monde En aucune occasion, le maître n’a le droit de frapper son esclave, ni de lui imposer une tâche au-dessus de ses forces. L’esclave a un alcade spécial, nègre comme lui, auquel il peut porter ses plaintes. De concert avec le pacha, l’alcade noir prend les mesures nécessaires pour obliger le maître à vendre l’esclave maltraité. Aux termes du Koran, aucun sectateur de l’islam, fût-ce un pacha, un cadi, fût-ce le sultan, ne peut avoir de relations intimes avec l’esclave de sa femme, si d’abord il ne décide celle-ci à l’émanciper si, avant l’affranchissement, l’esclave devient enceinte, elle doit renoncer à l’espoir que sa condition puisse jamais changer, et son enfant appartient à l’épouse légitime. Quand l’esclave appartient en propre au mari, le Koran la déclare libre par le seul fait de la grossesse, et son fils ou sa fille entre dans la famille du père sur un pied d’égalité, parfaite vis-à-vis des autres enfans. L’affranchissement est du reste extrêmement commun au Maroc, et il n’est presque pas de Maure, surtout s’il est de race noble, qui, avant de mourir n’émancipe lui-même la plupart de ses esclaves dans son testament. Il ne faut pas, du reste, ranger tous les noirs du Maroc dans la classe des esclaves ou des affranchis parmi les nobles et les grands dignitaires, même parmi les pachas, on voit encore de vrais nègres, descendans directs des hordes qui du fond de la Guinée ont répondu à l’appel des premiers conquérans.

Les Marocains réservent toutes leurs rigueurs pour leurs esclaves blancs, oui, leurs esclaves blancs, de nations européennes et chrétiens, ni plus ni moins qu’à l’époque où les forbans de l’Afrique venaient croiser à la vue de nos ports, et où les laboureurs d’Andalousie se réfugiaient précipitamment