Page:Revue des Deux Mondes - 1845 - tome 11.djvu/296

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absolument complète. On sait, par exemple, que, dans leur voyage de Lyon à Paris, par le canal de Bourgogne, les bateaux éprouvent de graves interruptions sur l’Yonne, où ils sont obligés de se’ débarrasser d’une partie de leur chargement et de prendre des alléges. Ailleurs ce sont des inconvéniens d’une autre sorte. On croit qu’il en est autrement de la ligne du nord, et on a dit, en parlant de cette ligne, que la navigation y est irréprochable. Si l’on parle du service de la batellerie, nous conviendrons qu’il s’y fait bien, que les entrepreneurs du transport par eau y font à peu près tout ce qu’on peut attendre d’eux, sans qu’il y ait pourtant rien d’exceptionnel, ni surtout rien d’artificiel dans leur manière d’opérer ; mais quant à la voie d’eau considérée en elle-même, il s’en faut bien qu’elle soit irréprochable. Elle ne le serait qu’autant qu’on aurait exécuté le canal projeté de Pontoise à Saint-Denis. Jusqu’ici les bateaux venant du nord sont obligés de se livrer, de Pontoise jusqu’à Saint-Denis, à la navigation tourmentée de la Seine, non sans danger pour eux et pour les marchandises qu’ils portent. L’inconvénient est d’autant plus grave que ces bateaux ne sont pas construits pour ce genre de navigation. C’est là une véritable lacune dans la voie navigable du nord, et cette seule circonstance grève le transport d’au moins 2 francs par tonne. On voit donc que les prix ci-dessus, quoique déjà fort modérés, ne sont pas encore les prix réels, les prix définitifs de la voie d’eau, et que celle-ci, une fois débarrassée de ses entraves, effectuera sans peine les transports à 2 centimes 1/2 au plus. Et qu’on ne dise pas que les entraves, les inconvéniens que nous signalons ici, sont de l’ordre de ceux dont nous parlions plus haut, qui tiennent à la nature des choses, et qu’on retrouve partout, sur les chemins de fer comme ailleurs. Non ; ce sont de véritables lacunes, semblables à celles que l’on signale, par exemple, avec raison, sur la ligne de fer de Strasbourg à Bâle, et qui attestent seulement un travail inachevé. Ces lacunes disparaîtront sans aucun doute. L’Yonne sera améliorée et mise en harmonie avec le reste de la voie dont elle fait partie, et quant à la ligne du nord, elle recevra tôt ou tard son complément nécessaire dans un canal de Pontoise à Saint-Denis, à moins que les améliorations projetées sur la Seine ne rendent ce complément inutile.

Ainsi, 2 centimes 1/2 par kilomètre et par tonne pour les canaux, de 9 à 10 centimes pour les chemins de fer : voilà les termes réels de la comparaison à établir entre les deux modes de transport. Tel est le rapport véritable, déduit, non de calculs abstraits, de raisonnemens théoriques, mais des données positives que la pratique fournit.