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Aux voix de la nature se mêlent les voix humaines : portées par les vagues du brouillard, elles viennent, réveillant au loin les échos, se briser au pied des murs du château.

Ça et là le brouillard s’entr’ouvre, en laissant voir au bas de la vallée comme de noirs précipices.

Le soleil se lève ; le brouillard de plus en plus s’écarte et laisse voir au fond de la vallée, au loin, partout, des flots de têtes noirs, aussi nombreux, aussi pressés que les rochers qui tapissent le fond de la mer.

Les nuages se fondent, se dissipent dans les rayons d’or, et, de moment en moment, les cris de la foule deviennent plus distincts, les objets se détachent et se voient mieux.

Les brouillards se sont tous élevés au-dessus des montagnes, et ont disparu dans l’azur de l’immensité ; au fond de la vallée brillent maintenant des flots d’acier. De partout accourent des masses de peuple, comme pour le jugement dernier dans la vallée de Josaphat.

La cathédrale dans le château du Saint-Esprit. — Seigneurs, sénateurs ; les dignitaires assis des deux côtés et chacun d’eux sous une statue de roi ou de chevalier. — Derrière les statues les masses compactes de la noblesse. — Au fond et devant le maître-autel l’archevêque assis dans un fauteuil doré avec un glaive sur les genoux. — Derrière l’autel les chœurs des prêtres. — Le Comte est debout sur le seuil pendant un instant ; puis il s’avance vers l’archevêque un étendard à la main.
CHOEUR DES PRÊTRES.

O père miséricordieux, nous t’implorons ici, dans la dernière église de ton fils Jésus-Christ, nous, tes derniers serviteurs. De nos ennemis délivre-nous, Seigneur.

PREMIER COMTE.

Voyez donc quel regard hautain il jette sur nous.

UN AUTRE COMTE.

Il s’imagine déjà avoir conquis le monde.

TROISIÈME COMTE.

E t il n’a fait que traverser de nuit un camp de paysans.

PREMIER COMTE.

Pour cent misérables qu’il a massacrés, il a perdu deux cents des siens.

DEUXIÈME COMTE.

Il nous faut empêcher sa nomination de généralissime.

LE COMTE HENRI, s’agenouillant devant l’archevêque.

A tes pieds je dépose ce drapeau que j’ai pris.

L’ARCHEVÊQUE.

A toi ce glaive, jadis béni par la main de saint Florian.

DES VOIX.

Vive, vive le comte Henri

L’ARCHEVÊQUE.

Reçois aussi avec le signe de la sainte croix le commandement de ce château, notre dernière seigneurie. Au nom de tous, je te proclame généralissime.