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connaît l’étendue peut être regardée comme égale au poids d’une colonne d’eau de même base et de dix mètres et demi de hauteur. Par conséquent, l’effort brut produit par les machines de Saint-Germain peut être représenté par un poids d’environ 200 000 kilogrammes.

Une colonne d’eau élevée du niveau de la mer au sommet de l’Etna exercerait une pression de 300 atmosphères ; mais la lave liquide est à peu près trois fois plus pesante que l’eau. Par conséquent, lorsque cette lave se déverse par-dessus les bords du cône terminal, elle presse au niveau de la plaine avec une force égale à 900 atmosphères, et au fond du cratère lui-même avec une force égale à 1 800 atmosphères. Évaluée en poids sur chaque mètre carré de surface, cette pression est représentée par 56 700 000 kilogrammes. Or, on sait que la pression des liquides s’exerce à la fois en tout sens. Par conséquent, chaque mètre carré des voûtes qui portent le volcan est soumis à une action agissant de bas en haut, et 283 fois plus considérable que celle des machines de Saint-Germain. Dans le cratère seul, la force totale employée unique ment à soutenir la colonne de lave au niveau de l’orifice est égale à 53 262 500 fois celle de ces mêmes machines. C’est une force de plus de 21 milliards de chevaux.

Jusqu’ici nous avons supposé que la machine à vapeur fonctionnait sans encombre, que la lave s’élevait paisiblement des abîmes sans fond du volcan jusqu’à la marge du cratère ; mais, on ne le sait que trop, les choses ne se passent pas toujours ainsi. Dans la machine, les soupapes s’engorgent et ne jouent pas au moment voulu ; mille causes, dont plusieurs sont encore inconnues, amènent la vaporisation subite d’une trop grande quantité d’eau. Alors les chaudières éclatent, broient les murs les plus solides, et en dispersent au loin les débris. On a vu en pareil cas des masses de fonte ou de fer pesant 2 000 kilogrammes être pro jetées à 250 mètres de distance. Eh bien ! les volcans aussi ont leurs explosions, on, pour mieux dire, leurs éruptions ne sont en quelque sorte qu’une explosion continue. Qu’on juge d’après ce qui précède quelle doit en être la violence. Pour apprécier complètement les forces qui entrent alors en jeu, il faudrait ajouter aux pressions calculées plus haut le dégagement tumultueux des vapeurs et des gaz, et l’effrayante tension que donne à ces fluides élastiques une température capable de liquéfier les roches les plus réfractaires ; il faudrait multiplier la poussée résultant de ces forces combinées, non plus par la sur face du cratère seulement, mais par l’étendue d’une base embrassant peut-être la gibbosité centrale tout entière. Alors on obtiendrait des nombres représentant une action dont rien ne pourrait nous donner une idée, si la montagne elle-même n’était là comme un monument de cette effroyable puissance.


A. DE QUATREFAGES.