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LE THIBET


ET


LES ETUDES THIBETAINES.




I.

La géographie qui, pendant tant de siècles, reposa sur de vagues récits, sur des suppositions hasardées, souvent même sur des erreurs, est devenue de nos jours une science exacte. Elle s’est enrichie, presque subitement, en puisant aux sources abondantes que l’étude mieux comprise de l’antiquité, les explorations récentes et la connaissance des langues de l’Orient, lui ont ouvertes du même coup. Nous n’avons donc plus, comme nos pères, à rêver des pays chimériques. La fable s’envole devant la réalité, et l’Asie, terre des prestiges, s’éclaire sur tous les points. Cependant il y a encore, dans cette vaste partie du monde, des contrées à moitié mystérieuses, oubliées plutôt qu’inconnues, sur lesquelles on ne possède pas un ensemble de notions précises et complètes. C’est particulièrement sur les régions montagneuses de l’Asie centrale, sur l’immense plateau du Thibet, que porte l’obscurité que nous signalons. Dans ces Cordilières menaçantes où elle a caché les sources des plus grands fleuves qui arrosent la Chine, l’Inde en-deçà et au-delà du Gange et la Tartarie, la nature semble avoir multiplié à dessein les obstacles qui arrêtent les pas du voyageur. Là se dressent les pics les plus élevés du globe, séparés entre eux par de profondes vallées que des neiges ou des torrens impétueux ne permettent