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sur Paris ; il tomba sur le toit d’une maison de la rue de Provence. La nacelle glissa sur la pente du toit, du côté de la rue. — A moi ! cria Mme Blanchard. Ce furent ses dernières paroles. En glissant sur le toit, la nacelle rencontra un crampon de fer ; elle s’arrêta brusquement, et, par suite de cette secousse, l’infortunée Mme Blanchard fut précipitée hors de la nacelle et tomba, la tête la première, sur le pavé. On la releva le crâne fracassé ; le ballon, entièrement vide, pendant avec son filet du haut du toit jusque dans la rue.

Un autre martyr de l’aérostation est le comte François Zambeccari, de Bologne, dont les ascensions furent marquées par les plus étranges et les plus émouvantes péripéties. Le comte Zambeccari s’était consacré de bonne heure à l’étude des sciences. À vingt-cinq ans, il avait pris du service dans la marine d’Espagne ; mais il eut le malheur, en 1787, pendant le cours d’une expédition contre les Turcs, d’être pris avec son bâtiment. Il fut envoyé au bagne de Constantinople, et il languit pendant trois ans dans cet asile du malheur. Au bout de ce temps, il fut mis en liberté sur les réclamations de l’ambassade d’Espagne. Pendant les loisirs de sa captivité, Zambeccari avait étudié avec beaucoup de soin la théorie de l’aérostation ; de retour à Bologne, il composa un petit ouvrage sur cette question, et il soumit son livre à l’examen des savans de son pays. Ses travaux furent jugés dignes d’être appuyés par le gouvernement, qui mit des sommes considérables à sa disposition pour lui permettre de continuer ses recherches. Il parait que Zambeccari avait ajouté à l’appareil aérostatique une lampe à esprit de vin, dont il pouvait augmenter ou diminuer à volonté la flamme ; il espérait, à l’aide de ce moyen, diriger sa machine une fois qu’elle se trouverait tenue en équilibre dans l’atmosphère. Une première ascension, faite avec l’aérostat pourvu de cette lampe, eut le plus triste résultat. Les préparatifs du voyage n’ayant été terminés que vers minuit, c’est à cette heure avancée que Zambeccari se lança dans l’air avec deux de ses compatriotes, Andreoli et Grassetti. Emporté d’abord à une hauteur extrême après vingt-quatre heures passées à jeun, Zambeccari tomba à demi-mort dans la nacelle entre ses deux compagnons, dont un seul, Andreoli, fortifié par un bon repas, resta éveillé. Vers deux heures du matin, Zambeccari reprit cependant connaissance ; en ce moment, le ballon commençait à descendre avec une rapidité effrayante. Il fallut jeter la lampe à esprit de vin et toutes les provisions inutiles ; mais alors les voyageurs, dont la lanterne s’était éteinte, se trouvèrent dans une obscurité complète, et le ballon n’en continua pas moins, quoique avec lenteur, son mouvement de descente. Quand, après de longs efforts, les aéronautes eurent pu rallumer peur lanterne, il était trois heures. Le ballon descendait toujours, et un bruit terrible, le bruit des vagues,