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leur tour avec la Chine, ce fut alors qu’une ambassade partit de Brest, sur la frégate la Sirène, pour régler diplomatiquement les relations d’amitié et de commerce qui doivent unir la France et l’empire du milieu.

Notre traité a été signé à Whampoa le 24 octobre 1844. Il reproduit, sous une forme plus précise, les principales clauses du traité de Nankin ; il abaisse le tarif des vins et des girofles, mais il ne pouvait, en aucun cas, nous garantir de faveurs particulières, puisque les Anglais avaient stipulé qu’ils profiteraient de plein droit de tous les avantages qui seraient, à l’avenir, accordés aux nations étrangères ; la Chine, d’ailleurs, ne voulait établir, entre tous ces barbares si empressés de se lier avec elle, aucune différence de traitement.

Si nous consultons les statistiques commerciales, nous sommes obligés de reconnaître que le traité n’a pas sensiblement amélioré la condition de nos échanges dans les mers orientales. Voici, en effet, le chiffre total du commerce et de la navigation de la France en Chine et en Cochinchine, de 1831 à 1849 :


navires tonneaux francs
1841 3 891 1,453,000
1842 1 128 1,758,000
1843 5 1,671 1,279,000
1844 6 1,784 1,167,000
1845 11 3,463 2,294,000
1846 13 3,994 1,854,000
1847 20 6,575 2,342,000
1848 12 4,229 1,957,000
1849 5 1,609 3,078,000

Ces chiffres sont, on le voit, insignifians. Doit-on s’en prendre au traité ? Assurément non. L’acte diplomatique a stipulé en notre faveur toutes les concessions qu’il était possible d’obtenir. C’est donc ailleurs qu’il faut chercher les causes de cette infériorité désespérante, honteuse même, avouons-le, pour notre pays.

Plusieurs délégués, présentés au choix du gouvernement par les principales chambres de commerce, avaient été adjoints à l’ambassade de 1844. Ils ont publié leurs rapports : l’un d’eux, M. Natalis Rondot, signale ainsi, dans ses conclusions très nettes, les vices de notre situation économique : « Notre industrie, active, intelligente, ne saurait craindre de rencontrer sur les marchés de l’extrême Orient les similaires étrangers et de prendre part à la lutte de concurrence, si elle peut combattre.à armes égales. Malheureusement, la Chine est distante de cinq à six mille lieux, et la principale question est de savoir si nos moyens, de transport sont satisfaisans et économiques, c’est-à-dire de quelles charges notre roulage maritime grèvera nos expéditions. En un mot, en admettant que nous ayons la marchandise convenable et avantageuse, pouvons-nous compter sur le navire ? La marchandise se réalisant avec bénéfice, y a-t-il lieu de supposer que l’armement, lui aussi, se soldera avec profit ?… L’avenir de nos relations commerciales avec la Chine dépend tout autant des ports que des fabriques. Avant d’essayer de prendre rang parmi les nations qui s’y enrichissent, il faut être sûr d’avoir des navires à soi, de ne pas payer Jusqu’à 220 francs le tonneau ce que le pavillon américain offre à 50 et 65 francs.