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Les vallées baignées par le Sacramento, le Saint-Joachim, — la région comprise entre les Low-Range et la mer, — la région moins connue qu’arrose le Colorado, — telles sont les trois zones qu’on peut distinguer dans la Haute-Californie. Les deux premières de ces zones sont seules fréquentées. Deux civilisations, la civilisation indienne, si les mœurs des tribus indigènes méritent encore ce nom, puis la civilisation espagnole, — se sont succédé avec des fortunes diverses dans ces territoires, où maintenant un nouveau centre politique tend à se former. L’histoire des sociétés qui se sont partagé la Californie jusqu’à l’arrivée des Américains est bonne à consulter pour ceux mêmes qui aujourd’hui ont remplacé les premiers possesseurs du sol.

La Haute-Californie a été, à l’origine, habitée presque exclusivement par des Indiens de l’Amérique disséminés par tribus dans les bois et les vallées. Ces peuplades préféraient généralement à tous autres lieux le voisinage des rivières et des ruisseaux. Chaque tribu avait son chef qu’elle choisissait parmi les plus habiles chasseurs ou parmi ceux qui portaient sur le corps le signe de la bravoure, ou bien des traces d’une lutte désespérée avec d’autres Indiens d’une tribu ennemie. Cette vie indépendante plaisait aux sauvages peuplades dispersées dans la Haute-Californie ; car, après avoir été, — quelques-unes d’entr’elles au moins, — converties au christianisme par de courageux missionnaires qui les assistèrent pendant une assez longue période, elles saisirent les premières occasions qui se présentèrent de retourner à leur ancien état. Ces Indiens reconnaissaient l’existence de l’Être suprême, qu’ils adoraient sous la forme d’un animal grossièrement sculpté en bois et qu’ils appelaient Chinigchinich. Cette image avait de nombreux temples d’une construction essentiellement primitive, établis dans les forêts ou dans des cavités ménagées entre les rochers.

La surveillance des chefs assurait à chaque tribu son approvisionnement. Les chefs partageaient les fatigues et les dangers communs. Quant aux femmes, elles étaient, comme chez tous les peuples sauvages, traitées en esclaves ; elles accomplissaient les travaux les plus pénibles, goûtaient rarement les douceurs du repos, se voyaient condamnées à subir les plus rigoureuses punitions et souvent la mort pour une légère offense. Les moins âgés et les plus belliqueux parmi les hommes fabriquaient des arcs et des flèches qui leur servaient à chasser l’antilope, le cerf, le chevreuil et une espèce de gros rat, dont la chair fournissait une substantielle nourriture et dont les peaux étaient utilisées pour la confection des vêtemens ; d’autres avaient pour tâche d’amasser des glands. Les vieillards et les enfans consacraient leur temps à la pêche, à la fabrication de paniers et d’ustensiles domestiques, ou transportaient de légers fardeaux. Chaque année, il fallait s’occuper de l’approvisionnement de la tribu. Les femmes étaient alors forcées de parcourir d’immenses savanes pour y récolter les graines de plusieurs