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grand nombre des ambitions en présence ne permettait plus de reconnaître d’autre droit, que la force. Des trois ou, pour mieux dire, des quatre ou cinq prétendons qui s’étaient disputé la succession de Shèro-Shâh ou de son fils Sélim (mort, en 1553), il ne restait plus que Sicandar-Sour et Mohammad-Adil-Shâh, plus connu sous le nom d’Adili Ce dernier prince, incapable par lui-même, avait abandonné l’exercice du pouvoir suprême à son ministre Hémou, Hindou de basse extraction et d’un extérieur peu favorable, mais doué des qualités qui font les hommes d’état et les grands généraux. Behrâm-Kban, que la force des circonstances et son génie plaçaient dans une situation analogue à l’égard d’Akbar encore enfant, trouvait dans Hémou un rival digne de lui. Le sort de l’Hindoustan dépendait désormais de l’issue de la lutte entre ces deux hommes. Agra et Dehly étaient tombées au pouvoir de Hémou, qui s’était fait donner le litre de radja-vikramaditya, et rêvait peut-être la restauration, en sa personne, du trône hindou de Dehly. Il se préparait à marcher sur Lahore, où il espérait écraser bientôt l’empire naissant d’Akbar et porter le dernier coup aux prétentions obstinées de Sicandar-Shâh, quand Behrâm-Khan, rejetant les timides conseils des autres chefs et confiant dans la fortune de son jeune empereur, envoya ses vétérans et la rencontre du radja, sous les ordres de Khan-Zamân, nommé sarrlashkar (capitaine général) à cette occasion. Celui-ci n’hésita pas à livrer bataille avec des forces très inférieures dans ces mêmes plaines de Pnipat où Bâbar avait, trente ans auparavant, conquis la couronne impériale. Les Afghans furent entièrement défaits (5 novembre 1556) malgré les efforts désespérés de leur intrépide général, qui, blessé d’une flèche dans l’œil, arrachait l’œil avec la flèche, et disputait encore la victoire. Hémou fut fait prisonnier, conduit à la tente d’Akbar et décapité en sa présence et malgré lui par Bherâm-Khan, qui redoutait la clémence du jeune empereur. La mort d’Hémou, celle du prince Adili, tué peu de temps après au Bengale, et une nouvelle défaite essuyée par Sicandar-Shâh, qu’Akbar contraignit à renoncer par capitulation à toute prétention au trône de l’Hindoustan, mirent fin à la guerre de succession.

À dater de ce temps, la restauration de la maison de Teimour put être considérée comme accomplie.

Behrâm-Khan, que ses talens militaires, sa haute intelligence et jusqu’à la sévérité despotique de son caractère avaient rendu l’instrument providentiel de celle restauration, conserva pendant trois ou quatre années l’influence illimitée qu’il avait acquise sur l’esprit de son pupille, mais il finit par en abuser, et ses prétentions exorbitantes lui aliénèrent l’affection de l’empereur, en même temps qu’elles soulevaient l’indignation générale. Akbar prit soudainement