Page:Revue des Deux Mondes - 1854 - tome 5.djvu/903

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demander, et à quoi un vous respondrois-je pas avec la dernière ouverture ? Vous le cognoistrez bien quand vous me tiendrez dans cet hermitage, qui est un des lieux où je me souhaite… Questionnez-moi toutes les fois que vous en aurez envie, au nom de Dieu, et sans réserve. »


Mme de Sablé n’hésite plus : au risque de toucher à d’anciennes blessures, elle envoie à Mme de Longueville la lettre de Mme de Schomberg sur les Maximes, dont elle répandait, comme nous l’avons dit, les copies arrangées. Dans la réponse de Mme de Longueville, pas un seul mot des Maximes, elle garde un absolu silence et sur l’ouvrage et sur son auteur ; mais elle admire aussi l’aimable lettre, et s’étonne qu’elle vienne de Mme de Schomberg, ce qui nous apprend que la grande réputation de piété de cette dame avait fait un peu tort à celle de son esprit, ou que Mme de Longueville la connaissait mal, étant entrée dans le monde quand Marie de Hautefort en sortait presque, et l’ayant déjà quitté elle-même lorsque l’autre y reparut un moment.


« 5 avril 1664.

« Quand on a commencé à lire la lettre que vous m’avez envoyée, on n’a pas de peine à vous obéir en la lisant tout du long, car elle est la plus spirituelle du monde, et d’une sorte d’esprit que je n’avois pas soupçonné en Mme de Schomberg. Je vous la renvoye, et je la trouve tout comme vous. Il y a bien de la délicatesse et de la lumière. »


Pour elle, la réputation de bel-esprit ne la tente guère, et ayant appris qu’on songeait à imprimer une lettre qu’elle avait écrite sur un point de religion qui lui tenait fort à cœur, elle prend l’épouvante, et supplie Mme de Sablé de lui épargner un honneur dont elle serait inconsolable.


« Vraiment je me remets si peu de la frayeur d’être imprimée, que je voudrais de tout mon cœur tenir une lettre que j’écrivois il y a quelque temps à M. de Saint-Roch (le curé de Saint-Roch), en lui envoyant quelque chose de la part de M. Ciron (le célèbre janséniste). Comme c’était un certain ouvrage touchant la cause de la morale, je pensai qu’il l’alloit lui dire quelque mot de louange des soins qu’il prend pour la condamnation de la morale corrompue, et je laissai voir mon sentiment sur ces matières. J’ai peur qu’ils ne s’advisent de m’imprimer en quelque occasion, il n’y a qu’une chose qui me rassure, c’est que ces testes-là oui bien la mine de mespriser les femmes et de compter leurs sentimens pour rien. Je prie Dieu qu’ils me traitent ainsi, car vraiment je serais inconsolable qu’ils me fissent l’honneur de m’imprimer. S’il y a quelque moyen de l’empescher, vous me sauverez d’une grande crainte. »


Qu’est-ce à dire, et est-ce bien là celle dont nous avons raconté