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maréchaux de l’empereur qui n’ait jamais permis le pillage, lors même que ses instructions le recommandaient, et la plus grande partie de sa fortune particulière provient de son mariage. »


Le dialogue continue de la sorte à énumérer chacune des qualités du prince, et se termine par cette conclusion, que Bernadette est la personnification même de l’héroïsme et de la vertu.

Sans parler de la jolie anecdote de l’épée brisée, on a remarqué sans doute le soin qu’a pris l’auteur, — quel qu’il fût, — d’opposer le prince aux russophiles, curieux et incontestable indice de l’état des esprits. Pendant le même temps, M. Fournier répandait à OErebro le bruit que l’empereur de Russie était au désespoir de cette candidature, et qu’il s’épuisait en intrigues pour l’empêcher, parce que, préparant justement alors, assurait-on, une nouvelle invasion en Suède pour s’emparer du pays au nord de Gefle, il savait bien que la nomination du prince lui serait un obstacle insurmontable, qu’il n’oserait pas même affronter. On ajoutait que Napoléon, averti par ses espions des vues secrètes d’Alexandre et particulièrement de cette invasion prochaine, avait résolu de prendre les devans, et avait offert à Charles XIII de lui donner pour prince royal un de ses maréchaux; Charles XIII avait choisi Bernadotte. Telle est la fable qui courait sur l’origine de cette candidature, et qui fut accueillie par l’ordre entier des paysans. On voit que Bernadotte fut accepté par la Suède d’une part comme ami et parent de Napoléon, de l’autre comme ennemi des Russes. Lui-même s’est présenté comme tel. La promesse de payer la dette publique sur sa fortune particulière, l’insinuation plus ou moins directe que son élection, par quelques ménagemens qu’on ne devinait pas, n’entraînerait point la rupture des relations commerciales avec l’Angleterre, ont fait le reste.

En quelques jours, la candidature avait fait des progrès inouis. Le comte d’Engeström s’y était rangé dès qu’il avait pu se croire persuadé que la Suède y gagnerait l’alliance française; quant au vieux roi, la vue des portraits de famille l’avait attendri, et il les avait arrosés de ses larmes. Dans la diète, les paysans et la partie militaire de la noblesse étaient prêts à voter avec enthousiasme pour un maréchal de Napoléon, la bourgeoisie pour un enfant de la révolution française. Celui des membres du comité secret qui résista le plus longtemps fut le général Adlersparre, l’un des auteurs de la révolution de 1809, non pas qu’il dédaignât l’alliance française, mais parce qu’il prévoyait, avec une clairvoyance remarquable, que l’élection de Bernadotte ne serait pas le moyen de l’obtenir : « Votre majesté, dit-il à Charles XIII, qui le pressait maintenant de se déclarer pour le prince, est d’avis que la Suède ne doit plus