Page:Revue des Deux Mondes - 1855 - tome 12.djvu/1253

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exprime en effet le sentiment du beau chez les races. Dans la Nord-Hollande, les fers d’or (c’est ainsi qu’on les appelle en vertu d’une figure de rhétorique) sont oblongs et plats ; dans le pays de Groningue, ils se terminent par une espèce de fleur ou de vase de fleurs, dans l’Overyssel par des spirales coniques, dans la Frise par une sorte de bouton orné. Les Frisonnes ont, comme on dit ici, deux services de fers, l’un pour la grande et l’autre pour la petite toilette. Quand elles veulent faire honneur à la personne qui leur rend visite, elles se parent de leurs plaques d’or. Cet ornement de tête est même devenu un langage. Si un jeune homme se présente au milieu d’une famille pour demander la main d’une jeune personne, il sait tout de suite à quoi s’en tenir sur la nature des sentimens qu’il inspire, et cela sans qu’on ait prononcé un seul mot. Si la fille sort et revient coiffée de son diadème, c’est un signe que l’amant est accepté ; si au contraire elle reste assise devant lui sans cet ornement au front, c’est une preuve qu’elle ne veut pas être sa reine. Ces coiffures sont d’un assez grand prix : elles coûtent de deux à trois cents florins. Le cultivateur qui a plusieurs filles se trouve ainsi obligé d’être riche. Les sentimens des Frisonnes ont laissé d’ailleurs plus d’une empreinte dans les mœurs et dans les antiquités du pays. J’ai vu dans la ville de Leeuwarden une paire de ces jarretières dont les amans ont coutume de faire cadeau à leurs fiancées. Sur ce ruban de soie on lit une devise qui mérite d’être traduite : « O liens du mariage, votre douce joie fait tout commun entre elle et lui ! — La mort seule peut vous séparer. Réunissez donc vos deux cœurs ! » Je remarquai également avec intérêt un nœud de mariage : c’était un mouchoir dans lequel l’amoureux présentait des ducatons à celle dont il recherchait la main. Si la jeune fille dénouait le mouchoir, c’est qu’elle consentait à être sa femme. Ce nœud contenait aussi une inscription : « Porter l’amour ne fait pas de mal, si cet amour trouve sa récompense dans l’amour ; mais si l’amour a cessé, tout est peine perdue. — Louez Dieu ! » Il n’est pas rare de rencontrer de simples paysannes frisonnes qui ont des pieds et des mains de duchesses. Dans le même musée est un soulier de jeune fille, richement brodé et passementé, qu’on prendrait volontiers pour la pantoufle de Cendrillon. Cependant la véritable chaussure des Frisonnes, ce n’est pas le soulier, c’est le patin. Dans un pays de lacs, on a senti de tout temps le besoin de marcher et de courir sur l’eau durcie par l’hiver. Cet art est très ancien, car j’ai vu une paire de patins en os retrouvée dans un des tertres sur lesquels s’élèvent les villages frisons. Ces os m’ont paru pétrifiés ; ils s’attachaient aux pieds par des courroies et au moyen de trous pratiqués dans la substance dure. De tels débris d’animaux ont été les rudimens du patin actuel. Il existe aujourd’hui dans la Frise