Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/234

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à exprimer des sentimens qu’elle a éprouvés ou qu’elle a pu éprouver. Shakspeare au contraire est le génie le plus impersonnel qui ait jamais existé. Observateur puissant de l’humaine nature, il fait mouvoir les hommes et les passions dans le vaste cadre de ses drames ; même dans celles de ses œuvres où le caprice règne en souverain, la fantaisie ne chasse pas da réalité ; les événemens sont fabuleux, invraisemblables, les personnages vivent, le fond de l’humanité reparaît, et l’originalité des caractères prend une sorte de grâce étrange. Quant à Mme Sand, la part la plus originale de son travail consiste dans une préface qu’elle a ajoutée à Comme il vous plaira, et qui démontre d’une façon merveilleuse comment elle avait aussi peu de vocation que possible à entrer en collaboration avec l’auteur de la Tempête et de Hamlet.

La poésie, hélas ! reste dans le domaine de l’imagination, elle n’est point d’habitude dans les affaires publiques de ce monde, qui marche selon d’autres lois, et qui se débatte souvent dans des misères auxquelles l’intelligence n’est pas toujours étrangère. Seulement chez les peuples sensés, la politique a une ressource, celle de se réfugier dans le soin vigilant des intérêts positifs, qui sont les élémens de la prospérité d’un pays. C’est ce qui arrive en Hollande. Les intérêts d’un peuple au reste ne sont pas seulement ceux qui se développent dans le pays même : il y a aussi ceux qui sont au loin pour ainsi dire, et qui résultent d’un accroissement d’influence, d’une extension de rapports internationaux, de facilités nouvelles offertes au commerce. La Hollande est une des nations européennes qui ont le plus anciennement noué des relations avec le Japon et qui ont le plus contribué à ouvrir le chemin de cet empire inconnu, vers lequel se sont tournés plus tard les États-Unis et l’Angleterre. Depuis longtemps déjà, elle avait acquis des droits et une certaine position, notamment à Décima et à Nagasacki. Elle a récemment signé avec le Japon un nouveau traité, qui porte la date du 9 novembre 1855. Ce traité stipule une liberté personnelle entière pour les Néerlandais et la faculté de se rendre librement hors de l’île de Décima, puis la punition d’après les lois hollandaises des délits commis par les Néerlandais. La Hollande obtient l’accès de tous des ports qui seraient ouverts à d’autres nations, une plus grande liberté pour le séjour des navires à Nagasacki, la confirmation des garanties qui existent en faveur du commerce établi et l’abolition de formalités gênantes en usage jusqu’à ce moment. Le traité du 9 novembre 1855 est le fruit d’une mission extraordinaire envoyée l’an dernier au Japon pour offrir à l’empereur de ce pays divers présens du souverain hollandais, notamment un bateau à vapeur et un portrait du roi ; il a été négocié et signé à Décima. La Hollande a songé d’abord sans doute à ses intérêts, mais elle ne s’en est point tenue là. Les négociateurs ont employé toute leur influence sur les autorités japonaises pour les engager à adopter une politique complètement libérale à l’égard de toutes les nations, à abandonner un système d’exclusion aussi nuisible aux intérêts du pays qu’antipathique au mouvement actuel du monde. Les représentans du cabinet de La Haye auront-ils réussi à convaincre les autorités japonaises ? Il n’en est pas moins vrai que la Hollande aura contribué pour sa part à ouvrir cet empire mystérieux au commerce et à la civilisation. Elle y trouve son avantage en raison de la