Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 4.djvu/886

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point encore maître du pays, lorsqu’il reçut la visite d’un habitant de la Nouvelle-Angleterre, M. Byron Cole, ami de Walker et bien connu comme propriétaire de plusieurs journaux à Boston. Castillon, rebuté de la longueur du siège et craignant un revers de fortune, voulut s’assurer un appui, et fit un traité par lequel il autorisait M. Cole à offrir au colonel Walker 52,000 acres de terre (environ 20,000 hectares) pour l’engager à embrasser sa cause. La honte de ce traité ne doit pas retomber sur Castillon seul; il n’était que le chef du gouvernement provisoire. Le traité fut signé par ses ministres et ses complices, Carabajal, Selva, Jarez, Pineda. Ces noms, inconnus en Europe, méritent cependant d’être conservés; l’histoire est le pilori des traîtres. Walker accepta les offres de Castillon avec empressement, et s’embarqua avec sa troupe le 5 mai 1855 dans le port de San-Francisco sur le brick la Vesta. Le 28 juin, il aborda à Tola, sur la côte de l’Océan-Pacifique; le 29, il mit en déroute un parti de cavalerie qui s’enfuit vers Rivas. Le lendemain, il fut battu à son tour près de Rivas avec perte de quarante ou cinquante tués ou blessés. Cette bataille est bien peu de chose sans doute, comparée à celles de l’Europe; mais en ce pays presque désert, quelques centaines d’hommes décident du sort d’un empire. Il eût été facile d’accabler Walker; sans recrues, sans alliés, sans magasins, sa petite troupe aurait dû être détruite. On ne sait quel accident arrêta le vainqueur. Les Nicaraguans ne sachant ou ne voulant pas profiter de leur victoire, Walker s’échappa. Deux mois après, on apprit avec étonnement qu’il avait de nouveau débarqué au Nicaragua. Dans l’intervalle, les deux chefs de parti étaient morts. Cet événement augmentait le danger de Walker, qui n’avait plus de prétexte pour envahir un pays allié des États-Unis. Le général Corral, qui l’avait déjà vaincu à Rivas, entre l’Océan-Pacifique et le lac de Nicaragua, l’attendait encore au même endroit, et couvrait la route de Granada à la tête de quinze cents hommes; mais Walker trouva dans la complicité de la compagnie américaine de transit un secours inattendu.

Walker avait fait un détour pour surprendre Granada. Repoussé du côté de l’Océan-Pacifique, il s’était rembarqué avec sa troupe, avait reçu des renforts de Californie, et, au lieu de commencer l’attaque par Rivas comme la première fois, il fréta les steamers de la compagnie américaine de transit, et le 2 septembre marcha de San-Juan de Nicaragua sur Virgin-Bay. Le 3 octobre, il reçut de nouveaux renforts de Californie; le 13, il arriva devant Granada, qui était hors d’état de résister. L’assaut dura peu de temps. Le colonel Hornsby, lieutenant de Walker, força l’entrée de la ville et arriva le premier sur la grande place. Pendant le combat, quelques coups de fusil furent tirés du haut du beffroi de l’église San-Francisco. Hornsby y courut et mit en liberté, disent les relations américaines, quatre-vingts prisonniers, hommes, femmes et enfans, qui étaient chargés de chaînes.

Ce combat, qui fut si court, décida du sort du Nicaragua. A vrai dire, il n’y avait eu qu’une surprise, mais le gouvernement tout entier se trouvait