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végétale a suivi les progrès de la paléontologie animale, et nous pouvons nous faire une idée de la végétation des périodes géologiques pendant lesquelles vivaient les animaux étranges dont les dépouilles sont mêlées à celles des végétaux fossiles.

Dans l’origine, notre globe était une masse incandescente à moitié fondue tournant autour du soleil ; sa rotation sur elle-même, en aplatissant ses pôles et en renflant son équateur, lui a donné la forme qu’elle a conservée depuis. Pendant cette période, aucun être organisé ne pouvait vivre à sa surface. Après des centaines de siècles, le globe s’est refroidi ; l’eau, se condensant à sa surface, forma les mers ; dans ces mers apparurent les premiers animaux, les premières algues marines ; des îles surgirent peu à peu, une végétation terrestre s’y établit : c’étaient de grands arbres sans fleurs, appartenant à des familles cryptogames, qui ne sont plus représentés dans la flore actuelle que par d’humbles plantes. L’aspect de ces premiers arbres rappelle celui de cyprès gigantesques ou des arbres à feuilles pendantes (dracœna) des pays chauds. La terre ferme se réduisait alors à quelques archipels, la végétation était rare et clairsemée ; mais dans la période suivante, de vastes et humides forêts couvrent une portion de la surface terrestre, des arbres au large feuillage ombragent les marais où paraissent les premiers reptiles. Ces arbres renversés, entassés les uns sur les autres pendant des siècles, ont formé la houille, soit qu’ils tombassent sur place et subissent une transformation analogue à celle des mousses qui se changent en tourbe dans les marais des pays froids, soit qu’entraînés par de puissans courans, ils vinssent s’accumuler à l’embouchure des fleuves de cette époque. Des accumulations analogues se font encore actuellement à l’embouchure des grands fleuves de l’Amérique, et surtout du Mississipi.

Depuis la période houillère jusqu’à celle de la craie, le caractère de la végétation reste le même : ce sont toujours des plantes cryptogames qui occupent le sol ; mais après le dépôt de la craie, des arbres semblables aux nôtres se mêlent aux formes primordiales. Les genres modernes vont sans cesse en augmentant dans les deux premières périodes tertiaires qui correspondent aux terrains des environs de Paris. À cette époque, la végétation est complètement changée ; les végétaux primitifs auxquels nous devons la houille ont disparu ; le paysage a l’aspect de celui des pays chauds et des zones tempérées. Les arbres ressemblent à des saules, à des pins, à des palmiers. Enfin, dans la période tertiaire la plus récente, ce sont des arbres voisins de nos acacias, de nos érables, de nos peupliers qui ombragent le sol ; c’est l’aurore de la végétation actuelle, de celle qui doit orner la terre à l’apparition de l’homme. Les arbres du Japon, les forêts de l’Amérique septentrionale rappellent le mieux