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d’embarras ; la dignité impériale était devenue une corvée qu’imposait la violence, et dont on s’affranchissait par le suicide.

Le sénat avait accepté les deux Gordiens, élus de l’armée ; eux morts, il voulut opposer à Maximin des empereurs à lui : il choisit dans ses rangs Pupien et Balbin, en leur adjoignant comme césar le fils du second Gordien, enfant de treize ans, que les acclamations des soldats réunis dans le Forum lui imposèrent. Pupien, fils d’un serrurier ou d’un carrossier, était un homme capable. Balbin était noble, riche, ami du plaisir, lettré, faisant des vers. Il a sur la figure toute la satisfaction d’un homme médiocre. Pupien a cet air grave et sévère dont parle Capitolin, — vultu gravissimus et retorridus. Pupien partit pour combattre Maximin, et Balbin resta à Rome avec les prétoriens, qui, ce semble, à cette époque, n’aimaient pas à la quitter. Ils se querellèrent avec le peuple, on eut presque une guerre civile. Le sang coula dans les rues, et une partie de Rome fut brûlée, comme au temps de Vitellius. Balbin, qui avait perdu la tête en présence de l’émeute, allait pressant la main à chacun, tandis qu’on lui jetait des pierres ; on assure même qu’il reçut des coups de bâton. Le peuple assiégea les prétoriens dans leur camp et coupa les tuyaux de plomb qui y conduisaient l’eau. On a trouvé un de ces tuyaux. Quand les soldats voulurent rentrer dans la ville, on leur jeta des tuiles du haut des toits, et tous les vases qui étaient dans les maisons, ce qui fait penser au nom que le grand Condé donnait à la guerre des rues. La ville souffrit beaucoup, car des bandits se mêlèrent aux soldats et les aidèrent à la piller. Telle était la physionomie de Rome sous les empereurs du sénat, qui n’étaient pas les plus mauvais. L’ordre qu’ils y font régner ressemble assez à l’anarchie tumultueuse de la Rome du moyen âge. Pupien était allé attaquer Maximin, qui assiégeait la ville d’Aquilée ; mais il n’eut pas à le vaincre : ses propres soldats se chargèrent de délivrer le sénat de cet ennemi. « Ces soldats, dit Capitolin, avaient leurs affections sur le mont Albain, » c’est-à-dire dans leur camp d’Albano. En d’autres termes, ils préféraient à la vie des camps la vie de garnison. À midi, pendant que Maximin et son fils faisaient la sieste dans leur tente, ils furent égorgés ; leurs têtes, plantées sur des piques, furent portées à Rome, à travers les populations ivres de joie à cet aspect. On s’attendrissait cependant sur la beauté du jeune Maximin, qui était en effet très beau. Les deux têtes n’en furent pas moins promenées dans Rome et brûlées dans le Champ-de-Mars, au milieu des insultes de la multitude.

Pupien et Balbin ayant péri à leur tour dans une émeute militaire, le troisième Gordien resta seul et fut empereur pendant six ans. C’était un jeune homme faible, mais bien intentionné. Son beau-