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au peuple et surtout aux soldats, que le sénateur par qui fut proposé Tacite appelait très saints et très sacrés, et auxquels Tacite lui-même adressa son premier remerciement. Au bout de six mois, il fut victime d’une conspiration militaire. C’est là qu’aboutissaient les triomphes du sénat. L’honnête vieillard mourut découragé et sans avoir rien fait. Cependant Vopiscus énumère quelques monumens commencés pendant ce règne si court ; malheureusement Tacite n’eut pas le temps de les achever. Ainsi rien ne s’est conservé, ni des thermes qu’il voulait faire construire sur l’emplacement de sa maison, détruite dans une vue d’utilité publique, ni du temple qu’il destinait à recevoir les bustes des bons empereurs, et qui n’avait pas besoin d’être très grand. Peut-être va-t-on retrouver dans les fouilles d’Ostie, savamment dirigées par M. Visconti, quelques-unes au moins des cent colonnes de marbre numidique que Tacite avait données à cette ville. Ce qui fait le plus regretter la brièveté de son règne, c’est qu’il avait ordonné qu’on copiât chaque année dix exemplaires des œuvres de son aïeul l’historien, et qu’on les plaçât dans les archives et les bibliothèques. S’il eût régné plus longtemps, nous aurions probablement aujourd’hui Tacite tout entier. Il ne reste de l’empereur Tacite ni monumens ni portraits, mais seulement une preuve de plus de l’impuissance du sénat et de la vertu sous l’empire.

Il ne reste rien, non plus de son successeur Probus, qui régna six ans avec gloire. Sans dire, comme Vopiscus, que par lui l’univers tout entier fut romain, qu’il allait, quand il mourut, abolir la guerre, établir une paix perpétuelle et ramener l’âge d’or sur la terre, il est certain que pour la valeur, l’énergie, l’intégrité, Probus peut être comparé aux meilleurs empereurs, à Trajan, à Marc-Aurèle. Il refoula l’invasion qui s’avançait, en Gaule, en Germanie, en Illyrie, en Orient.

Le souvenir des victoires de Probus est lié à l’histoire des monumens romains. Le Cirque vit alors une chasse mémorable. On y planta une forêt artificielle, dans laquelle furent lâchées mille autruches, mille cerfs, mille sangliers, mille daims, des gazelles, des brebis sauvages. Le peuple, lancé à leur suite, fit main basse sur le tout. Un autre jour, ce fut le tour de l’amphithéâtre. Cent lions à longues crinières parurent en même temps dans le Colisée, puis deux cents léopards, cent lionnes et trois cents ours ; mais le carnage fut froid, les animaux n’avaient pas ce jour-là d’entrain pour se faire tuer. Trois cents paires de gladiateurs vinrent réchauffer un peu la représentation.

Malgré ses succès militaires, malgré les fêtes somptueuses qu’il donnait au peuple, Probus périt comme Tacite : les vertus, la gloire,