Page:Revue des Deux Mondes - 1857 - tome 8.djvu/321

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comme il était, il avait l’espoir de se sauver, quand même les assiégeans l’eussent aperçu, mais il ne voulut point, quitter sa femme, qui l’aimait tendrement et le suppliait de ne la point abandonner vivante aux mains de ces misérables. Cependant les soldats pénétraient dans l’intérieur de la maison à la faveur de l’incendie, et la flamme et le combat resserrèrent de plus en plus les assiégés. Entouré d’un cercle de feu, Gérontius continuait à se battre. Nannychie, les cheveux épars, le visage baigné de larmes, embrassait ses genoux, le conjurant de la tuer sans plus attendre ; l’esclave alain réclamait la même grâce, et d’après les usages de sa nation, il suppliait son maître de lui couper la tête. Gérontius, hors de lui, l’épée levée, mais hésitant à frapper, mesurait les progrès du feu ; il frappe enfin sa femme d’abord, puis l’esclave, et se précipite lui-même sur le fer rougi de leur sang. Il tomba percé de part en part, mais, craignant que le coup qu’il venait de se porter ne fût pas mortel, il saisit d’une main encore ferme le poignard qui pendait à son côté, et se l’enfonça dans le cœur.

Avec Gérontius finit la révolte d’Espagne. Le ridicule empereur Maxime n’avait pas attendu la mort de son patron pour s’enfuir et aller se mettre sous la protection des Vandales. Il y vécut plusieurs années, supportant philosophiquement son retour aune vie obscure, garantie par sa bassesse. C’est ce que nous dit un contemporain qui l’a connu. Un jour pourtant, on ne sait à quel propos, et vraisemblablement dans un accès de folie, Maxime reprit ce chiffon de pourpre auquel il semblait n’avoir jamais tenu, et des gens encore plus insensés lui rendirent les titres de césar et d’auguste ; mais les Romains, qui étaient redevenus à cette époque les maîtres de l’Espagne, ou du moins de quelques-unes des provinces espagnoles, ne le jugèrent plus digne d’être épargné après un tel acte de démence : ils se le firent livrer et le tuèrent.

De tous les personnages que la révolte de l’île de Bretagne avait amenés au premier rang de la scène politique, il ne restait plus que Constantin et son plus jeune fils, le nobilissime Julien, renfermés dans les murs d’Arles, où ils se défendaient énergiquement. J’ai dit que l’ancien tyran des Gaules avait su, dans son infortune, ranimer autour de lui l’affection dont il avait été jadis l’objet ; du moins, dans l’enceinte de sa métropole assiégée, habitans et soldats, fidèles à sa cause, supportaient sans se plaindre les souffrances et les privations. L’espérance soutenait leur courage, car on attendait toujours Edowig malgré le retard que ce général mettait à paraître, soit qu’il eût été arrêté par des obstacles imprévus, soit que, effrayé du changement qui venait de s’opérer en Gaule, il eût pris du temps pour se consulter et observer le cours des choses. Enfin on annonça qu’il arrivait. Il entra en effet dans la vallée du Rhône, du côté de