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tant du pavillon qu’on y déploie, visite le navire pour s’assurer de son véritable caractère. Il y a sans doute des circonstances qui modifieraient les plaintes qu’une nation aurait le droit de faire pour une telle violation de sa souveraineté. Si l’officier qui aborde avait de justes motifs de soupçon, s’il se conduisait convenablement dans l’accomplissement de sa tâche, ne causant aucun dommage et se retirant paisiblement après avoir reconnu son erreur, aucune nation ne ferait d’un tel acte l’objet d’une réclamation sérieuse. » Ces principes ont été entièrement adoptés par le cabinet anglais avec l’assentiment marqué de la chambre des communes. D’un autre côté, les plus récentes nouvelles des États-Unis présentent que la fougue américaine comme calmée. Plusieurs journaux reconnaissaient qu’on avait singulièrement grossi les tracasseries imputées à la marine anglaise. Le sénat, après avoir écouté ces rodomontades belliqueuses où se complaisent les Américains, et qui finiront par jeter une teinte ineffaçable de ridicule sur leur jactance oratoire, s’était sagement séparé sans rien faire ; enfin les premières communications du ministère de lord Derby au gouvernement du président Buchanan au sujet de ce différend étaient arrivées à Washington et avaient paru satisfaisantes. Ce n’est donc point encore cette fois que le terrible Jonathan donnera des gourmades à John Bull.

Le ministère anglais va enfin sortir de l’élaboration du bill de l’Inde, qui occupe la chambre des communes depuis sa réunion et qui a donné lieu à trois bills et à la lente discussion d’une série de résolutions que l’on a eu la sagesse de ne point voter jusqu’au bout. Le bill de lord Stanley, qui porte le numéro 3 dans ces essais de législation indienne, sera indubitablement voté. Les principales dispositions de ce projet ont déjà subi victorieusement l’épreuve de la discussion en comité. Après les explications modestes, prudentes et sensées de lord Stanley, après un brillant discours de M. Bright, qui, comme orateur, a les honneurs de la session, le débat n’a présenté aucun incident intéressant. Voilà donc achevée la loi qui reconstitue le gouvernement de l’Inde, et qui le fait passer des mains de la compagnie à la couronne d’Angleterre. Cette loi n’était pas aisée à faire assurément ; mais que sont ces difficultés de législation comparées aux difficultés militaires avec lesquelles les Anglais sont aux prises ? La véritable reconstitution du gouvernement de l’Inde, c’est dans l’Inde même qu’elle s’opère en ce moment, si la fortune des armes, comme nous le souhaitons sincèrement, favorise jusqu’au bout cette poignée de héros qui luttent contre un ennemi plus formidable encore que les Hindous, contre les feux du soleil.

L’Europe ne se détourne souvent d’une difficulté que pour se retrouver en face d’autres questions qui lui font certes une vie laborieuse. Organisation des principautés danubiennes, indépendance du Monténégro, troubles de l’Herzégovine, destinées de la Turquie, relations générales des puissances, antagonismes secrets ou ostensibles, voilà ce qui préoccupe aujourd’hui. Et cependant ce n’est pas tout vraiment, puisqu’il reste encore les affaires du Nord, cette sorte de sphinx qu’on nomme la querelle de l’Allemagne et du Danemark. Démarches de toute nature, polémiques de la presse et des cabinets, propositions et contre-propositions, rien n’a pu concilier jusqu’ici des prétentions opposées. Bien au contraire, il semble que le terrain se resserre chaque jour davantage entre les deux parties, et si l’on n’y prend