Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 17.djvu/242

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


vente des biens ecclésiastiques, et le clergé lui a fourni de l’argent, qui a servi à lever des troupes. Le nouveau gouvernement d’ailleurs a eu pour défenseurs quelques hommes énergiques, dont l’un, le général Osollo, a commencé par réduire deux des chefs principaux de l’insurrection à capituler.

Malheureusement quelques succès partiels et des décrets rendus à Mexico n’étaient point de nature à dénouer une telle crise, oui n’a fait que s’aggraver en se prolongeant. Le clergé s’est bientôt lassé de donner de l’argent ; à bout de ressources, Zuloaga a été obligé de recourir à un emprunt forcé, qu’il a étendu aux étrangers, et il s’est fait des querelles avec l’Angleterre, surtout avec les États-Unis, qui ne demandent pas mieux que d’avoir des affaires avec le Mexique. D’un autre côté, le plus vigoureux homme d’action du nouveau gouvernement de Mexico, le général Osollo, a été tué dans un combat. Zuloaga s’est trouvé bientôt plus embarrassé que jamais au milieu d’une anarchie croissante. Maintenant le désordre et l’insurrection sont partout. La péninsule du Yucatan est livrée tout entière à la plus affreuse guerre de caste ; les Indiens surprennent les villes et massacrent les habitans. Dans le sud, le général Alvarez règne en maître ; au nord, à Monterey, c’est un autre chef, M. Santiago Vidaurri, qui s’est fait depuis quelques années une sorte d’état indépendant, appelant au besoin à son aide les « Yankees », ses voisins. La Vera-Cruz est au pouvoir de quelques partisans démocratiques. San-Luis de Potosi, Zacatecas, Colima, Morelia, Guanajuato, les environs mêmes de Mexico sont ravagés par des bandes d’insurgés et surtout de malfaiteurs. M. Juarez promène un peu partout la constitution. Autant de chefs, autant de gouvernemens, autant d’intérêts personnels et d’ambitions. Ce qu’il y a de mieux, c’est qu’entre tous ces gouvernemens, entre tous ces chefs, qui rendent des décrets, qui mettent la main sur les caisses publiques, qui rançonnent les populations et le commerce, le Mexique serait fort embarrassé de faire un choix. Élevé au pouvoir par une insurrection, le général Zuloaga a montré aussi peu de capacité que de caractère ; il arrive au dénoûment naturel de sa dictature, s’il a été obligé d’abdiquer, comme il paraît. Le plus capable peut-être, le plus décidé et le plus énergique du moins eût été le général Osollo. Jeune, plein de bravoure, ambitieux d’ailleurs et assez populaire, Osollo n’eût point tardé probablement à évincer Zuloaga, si la mort ne l’eût arrêté en chemin. Dans tous les cas, il eût fallu compter avec lui. Si, d’un autre côté, le parti de M. Juarez triomphe, c’est encore le règne de tous ces licenciés démagogues qui, toutes les fois qu’ils reparaissent, précipitent la dissolution du Mexique. M. Juarez lui-même est un Indien pur sang. Quel que soit le triomphateur, que peut en attendre le pays ? Au milieu de toute cette anarchie, verra-t-on reparaître encore le Jupiter mexicain, le général Santa-Anna, accoutumé depuis longtemps à saisir ces occasions ? Santa-Anna ne demanderait pas mieux sans doute, et il n’y a pas longtemps il adressait un manifeste au Mexique ; mais les souvenirs de sa dernière administration sont encore mal effacés, le nombre de ses partisans a singulièrement diminué. Et d’ailleurs que ferait Santa-Anna ? Ce ne serait qu’un dictateur de plus, un dictateur qui a le désavantage d’être trop connu. Pour le Mexique, il n’y a donc qu’une chose certaine, c’est l’anarchie, et cette anarchie est arrivée à un tel degré