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cier des compagnies, et les garantissent dans une certaine mesure contre les chances d’exploitation défavorable des lignes que l’état les a chargées de construire encore. Les compagnies de chemins de fer ont besoin de crédit pour achever la portion considérable du réseau qui reste à établir. Leur crédit dépend des dernières conventions ; un grand intérêt public exige donc que ces conventions soient votées. Cependant des intérêts privés, qui se prétendent lésés par la concurrence des chemins de fer, ont cru le moment bon pour soulever d’injustes réclamations contre les compagnies. Croirait-on que le reproche le plus acharné que l’on adresse à ces vastes et utiles entreprises, c’est de faire les transports à trop bon marché ? C’est en effet le bon marché des transports que l’on attaque dans les tarifs différentiels, dont on a fait tant de bruit depuis quelques années. C’est grâce aux abaissemens de tarifs, qu’elles peuvent accomplir dans certaines conditions, que les compagnies de chemins de fer peuvent remplir un des objets les plus manifestes et les plus utiles du grand progrès réalisé par les voies nouvelles, faire circuler les marchandises aux moindres frais possibles entre les grands centres de production et de consommation. Qui recueille le bénéfice de ce progrès ? C’est l’industrie en masse, puisque toute diminution des frais de circulation de la marchandise élargit le débouché ; c’est enfin le public des consommateurs, plus abondamment et plus économiquement servi. Comme il était naturel de s’y attendre, les prohibitionnistes et les protectionnistes ont pris en main la cause des transports chers, et se sont constitués les adversaires à outrance des compagnies. M. le baron Charles Dupin a eu l’art de se faire dans cette question l’organe de tous les préjugés que l’esprit de routine peut ameuter contre l’esprit de progrès et l’intelligence commerciale. Mais les protectionnistes font plus de bruit encore en ce moment contre la question de la libre importation des blés. L’absurdité de l’échelle mobile, qui enlève toute certitude et par conséquent toute prévoyance et toute sécurité au commerce des céréales, a eu beau être démontrée tant de fois qu’on rougit de revenir sur une question si évidente. L’insuffisance de la production française en céréales est vainement inscrite dans les statistiques officielles. Au risque d’affamer la France, de créer des disettes artificielles, de produire les crises financières qui accompagnent ordinairement les importations de blé brusques et saccadées, nos protectionnistes veulent qu’on leur rende l’échelle mobile, suspendue pourtant depuis si longtemps qu’elle est en quelque sorte abrogée par la force des choses. Espérons que tant d’efforts rétrogrades et barbares demeureront impuissans, et que la France verra triompher ainsi ce principe d’humanité qui veut que la nourriture du peuple ne soit grevée d’aucune taxe au profit d’intérêts qui, à côté de l’alimentation populaire, ne sont, si vastes et si influons qu’ils soient, que des intérêts particuliers et privilégiés.

En Angleterre, où l’esprit public a la bravoure de mener de front les controverses intérieures et les soucis de la politique étrangère, le bill de réforme, hardiment présenté par le ministère à la chambre des communes, a, comme on s’y attendait, abouti à une crise parlementaire. Bien qu’une trentaine de libéraux aient voté avec lui, le ministère a vu son bill succomber sous une majorité de 39 voix ; au lieu de se retirer, il a conseillé à la reine la dis-