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solution de la chambre des communes. L’Angleterre va donc être sous peu de jours en plein mouvement électoral. Les amis de la paix sur le continent ont vu avec inquiétude que la politique anglaise fût livrée aux incertitudes d’une élection générale dans un moment si critique pour le repos de l’Europe. Cette inquiétude nous paraît peu fondée. Après la discussion de la motion de lord John Russell, qui avait occupé sept nuits à la chambre des communes, il n’était guère possible que lord Derby et ses collègues prissent un autre parti que celui auquel ils se sont arrêtés, et l’on peut espérer que, par leur vaillante résolution, ils amèneront dans la nouvelle chambre des communes des élémens parlementaires qui permettront aux partis de se reconstituer avec unité, et de fournir aux ministères futurs des moyens de gouvernement plus solides que ceux qu’offrait la dernière chambre.

Quoique le bill de lord Derby ait donné lieu à une des plus belles discussions que la chambre des communes ait depuis longtemps entendues, il serait sans intérêt maintenant de revenir en détail sur les dispositions particulières de ce projet de réforme, puisqu’il est abandonné, et que si plus tard le ministère actuel présente un autre bill sur le même sujet, ce sera probablement sur d’autres données et avec des combinaisons différentes. Sur la plupart des grands principes qui doivent constituer une bonne loi électorale anglaise, le parti conservateur et la majorité de l’opposition étaient d’accord au fond. L’esprit de la constitution britannique en matière de droit électoral, c’est la variété de ce que nous appellerions les collèges électoraux, et dans les collèges la diversité des titres électoraux. C’est tout le contraire de ce qui se passe en France depuis la révolution. Chez nous, sous les diverses constitutions qui nous ont régis, qu’elles fussent monarchiques ou républicaines, nous avons toujours appliqué, soit à la division des circonscriptions, soit au droit électoral, l’idée d’unité et d’uniformité. Les électeurs ont été électeurs au même titre, et il n’y a pas eu de différence essentielle dans la composition et le caractère des districts électoraux. Tel est l’esprit français, si ébloui par la régularité mathématique, qu’il serait permis de dire que, pour lui, l’alignement de la rue de Rivoli prend le caractère d’une institution politique. Les Anglais tiennent ce fanatisme de la ligne droite et de l’égalité arithmétique, qui partage un pays en compartimens comme une table de Pythagore et traite les citoyens comme des unités numériques, pour incompatible avec une bonne législation représentative. Pour eux, la meilleure représentation est celle qui, grâce à la diversité des procédés d’élection, reproduit dans un parlement toute la variété des intérêts qui existent au sein d’une nation. Nous n’énumérerons pas toutes les franchises qui donnent le droit d’élection en Angleterre. Il en est deux principales qui correspondent aux deux principales divisions des circonscriptions électorales en bourgs et en comtés. Les bourgs sont censés représenter les intérêts de l’industrie, du commerce et du travail, les comtés la propriété territoriale. En fait, ces positions se confondent souvent, car un grand nombre de bourgs sont de petites villes agricoles, et quelques comtés, les plus peuplés et les plus importans, sont dominés par l’intérêt industriel. Dans les bourgs, la franchise est donnée à l’habitation, à ce que les Anglais appellent l’occupation ; on est électeur à la condition de