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ceptés. Il n’y aurait eu alors ni crise ministérielle ni dissolution du parlement. Lord John Russell, à cette marche naturelle, a préféré une manœuvre insolite. Il a choisi les deux dispositions du bill qui lui paraissaient le plus généralement attaquées, et il a demandé à la chambre de les censurer par une motion abstraite. Cette tactique, qui réunissait des adversaires qui se seraient peut-être divisés dans la discussion des articles, n’avait évidemment d’autre objet que de poser la question de cabinet. Le ministère, après le succès de lord John Russell, n’avait à opter qu’entre sa démission ou une dissolution. Devant la situation des partis et la coalition qui avait donné une majorité accidentelle à ses adversaires, il a bravement choisi la dissolution. Nous croyons qu’il a bien fait. Évidemment les 330 membres qui ont condamné les principales dispositions de son bill ne représentaient pas, la discussion l’a prouvé, une majorité prête à voter avec ensemble le bill que lord John Russell ou M. Bright aurait présenté sur la même question. Un représentant éminent du parti libéral, un membre de l’administration de lord Palmerston, M. Horsman, avait décrit avec une justesse sarcastique la confusion des élémens hétérogènes et indisciplinés qui composent l’opposition. Un des plus spirituels orateurs du parti vvhig, M. Osborne, avec moins d’amertume et avec plus de chaleur, a constaté cette désorganisation du parti libéral, et a fait appel au patriotisme des deux chefs qui s’en disputent la conduite, lord John Russell et lord Palmerston, les suppliant de mettre fin à leur rivalité. Lord Derby, profitant de ces divisions du libéralisme, s’est vengé de lord John et de lord Palmerston en dépeignant avec l’ironique vigueur qui le distingue les inconséquences et l’impuissance où les ont conduits les derniers actes de leur vie publique. Si l’on en juge par l’irritation que la dissolution a excitée chez les chefs du parti libéral, M. Bright excepté, il semble probable que cette mesure profitera au ministère. Il serait injuste de parler de cette dernière campagne parlementaire sans mentionner un admirable discours de sir Bulwer Lytton, et sans rendre hommage au talent oratoire, à l’esprit de gouvernement et à la parfaite bonne grâce que M. Disraeli a déployés pendant ces longs et imposans débats. e. forcade.




Un événement des plus heureux vient d’avoir lieu au théâtre de l’Opéra-Comique : Meyerbeer y a fait représenter un nouvel ouvrage, le Pardon de Ploërmel, qui a été accueilli avec une faveur marquée. On connaît la manière de l’auteur de Robert le Diable et des Huguenots. On peut la discuter, en apprécier plus ou moins les résultats compliqués ; mais on ne saurait refuser à la vive et haute intelligence qui a créé des œuvres aussi considérables une part légitime d’admiration. Nous aimons l’inspiration simple qui vient directement de la source intime de la vie, et nous croyons, avec le sens commun et l’histoire, qu’il y a plus d’invention véritable dans une églogue de Virgile ou dans l’œuvre d’un Grétry, malgré son harmonie et son orchestre détraqué, comme on dit, que dans cinquante opéras modernes de la force du Tannhauser ou du Lohengrin de M. Wagner. Nous pensons