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qu’il a fallu à Haydn plus de génie pour tirer du néant la musique instrumentale, pour créer l’œuvre impérissable qui porte son nom, qu’on n’en trouve dans Beethoven, qui a transformé et agrandi le domaine qui lui avait été légué par ses deux illustres prédécesseurs, Haydn et Mozart. Qui voudrait cependant méconnaître que Meyerbeer occupe un rang considérable dans l’art moderne ? Ses opéras ont le privilège d’attirer et de fixer le public. Il intéresse tout le monde par de grandes beautés, il pique la curiosité des connaisseurs par des détails ingénieux de facture, il remue la foule par la couleur et la passion dramatiques. Nous examinerons très prochainement le mérite du Pardon de Ploërmel, dont l’exécution et la mise en scène font honneur à l’administration de l’Opéra-Comique, qui en sera largement récompensée. p. scudo.




ESSAIS ET NOTICES.
Étude sur Daniel Huet, évêque d’Avranches,
par M. l’abbé Flottes ; 4 vol. in-8°, Montpellier 1857.

Des esprits libéraux et très attachés au catholicisme ont déploré souvent que la révolution française eût interrompu violemment les traditions du clergé. Certes, après les désordres du xviiie siècle, le clergé, comme la noblesse, comme la nation tout entière, avait besoin de se régénérer, et les épreuves de 89 ne lui furent pas inutiles. Comment ne pas regretter cependant cette rupture avec les meilleures ti’aditions du passé, principalement avec l’esprit de l’église de France du xviie siècle ? Séparé de ses origines, défiant vis-à-vis de la France nouvelle, le clergé n’accepta qu’avec trop d’empressement des maximes toujours repoussées jusque-là par l’esprit de l’église nationale. De là tant de nouveautés qui auraient scandalisé Bossuet et Fénelon ; de là ce scepticisme de Lamennais, qui fit peu à peu tant de disciples dans les rangs les plus élevés de l’église, qui parut même triompher (on l’a remarqué avec finesse) précisément à l’heure où l’impétueux écrivain se rejetait dans des erreurs toutes contraires ; de là enfin ces controverses étranges où l’on a vu de prétendus défenseurs du christianisme attaquer la raison, bafouer le spiritualisme cartésien, montrer enfin que l’instinct de la vraie théologie leur faisait défaut aussi bien que la connaissance de la vraie philosophie. Les règles étaient tombées en oubli, l’ancienne sagesse avait disparu ; ce clergé de France, si respectable par ses mœurs, son zèle, sa charité, recevait ses principes d’un petit nombre de docteurs, laïques ou autres, que Bossuet aurait foudroyés.

Il reste encore cependant plus d’un théologien fidèle aux traditions du xviie siècle. La province en a peut-être plus que Paris. Protégés par leur solitude, ces nobles esprits ont recueilli dès l’enfance des leçons et des